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A ***

Des vers que

Autrefois Horace mon maitre
Chez un ministre fut admis;
Chez vous il le sera peut-être,
Si vous pouvez le reconnaître
Sous le costume qu'il a pris.
Je ne viens point, enflant ma veine,
Vous dire, en style de flatteur,
Puissé-je imiter mon auteur,
Comme vous imitez Mécène!
Mécène, aux heures de loisir,
Était l'arbitre le plus juste

lui venait offrir
L'ami de Virgile et d'Auguste.
Au milieu des soins importans
Qu'exige de vous la patrie,
Vous trouvez encor des instans
Pour ces arts qui charment la vie.

Je sais qu'à nos doctes concerts
Nous autres poëtes vulgaires
Nous appelons tout l'univers,
Qui rit un peu

de
Ces esprits calmes et sévères,
Qu'occupent les grandes affaires,
Aiment rarement les grands vers.
Mais ces préceptes salutaires
De l'art peu connu de jouir,

nos travers :

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Ces leçons qu'en strophes légères
Dicta la sagesse au plaisir,
Ce mépris des vaines chimères
Dont l'orgueil se laisse éblouir,
Cette douceur qui sait souffrir
La rigueur des destins contraires,
Et les défauts de ses amis,
Aux grands encor plus qu'aux petits,
A mon avis, sont nécessaires.

Savoir mériter les honneurs,
Et dédaigner dans les grandeurs
Le vain orgueil de la puissance;
Chercher l'austère vérité;
Chérir la médiocrité;
Avec un cil d'indifférence
Voir l'éclat de la vanité
Et le faste de l'opulence;
S'ennoblir de sa pauvreté;
Pour un ami persécuté
Montrer une noble constance:
Voilà les vertus que j'encense,
L'exemple que je tiens de vous,
Et votre titre le plus doux

ma juste reconnaissance;
Voilà les utiles leçons
Qu'au milieu d'une cour brillante
Un sage heureux mit en chansons:
Vous les suivez, et je les chante.

Jouissez long-temps du bonheur.
Il n'est guère dans la puissance:
Il est dans

vous,

dans votre cour,

Dont l'amour double l'existence;
Il est dans les objets charmans,
Dans les vertus qui vous entourent;
Dans les transports reconnaissans
Des pauvres que vos mains secourent.
Tous ces biens sont vraiment à vous.
Indépendant de l'injustice
Des hommes et du sort jaloux,
Vous saurez braver leur caprice.
Mais, si des destins ennemis
Vous éprouviez un jour la haine,
Songez que ces momens de peine
Appartiennent à vos amis.
Daignez songer qu'un coeur fidèle,
Nourri par les neuf doctes Sæurs,
Sait de la fortune cruelle
Mépriser les biens, les rigueurs,
Et ne sait pas changer comme elle.

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