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Il est tems de le déclarer : c'est vous qui, déposant votre fortune entre mes mains ..... entre les mains d'un joueur ! m'écriviez: « Maintenant ruinez-moi , si vous l’osez;

allez, je serois moins à plaindre que vous : » mais tout me rassure , je ne vous regarde »plus, désormais, que comme un Déposi» » taire ».

Ceux qui nous connoissent l'un & l'autre, ne seront pas sarpris du foible hommage que je vous rends : ils diront que je tâche, autant qu'il est en moi, d'acquitter une dette sacrée; & s'ils oni un reproche à me faire, ce sera, n'en doutez point , de m'être privé, par égard pour vous, du plaisir de célébrer zanı d'autres vertus d'autant plus estimables que vous les pratiquez en silence. Je suis & m'honore d'être votre Ami.

DU SAULX.

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1 J'ai déjà consigné ce trait de caractère, dans l'Ouvrage intitulé : De la passion du jeu, depuis les tems anciens jusqu'à nos jours, Part. II. Chap. XXXI. p. 147.

1

Cette nouvelle Édition offre un nouveau travail, tant sur le texte que sur la traduction : ce qui peut m'arriver de plus heureux, c'est qu'on ne s'apperçoive pas de ce travail ; & que l'on m'accueille,

& cette seconde fois, aussi favorablement que la première.

On verra dans les Notes , que je n'ai rien négligé pour acquérir l'intelligence des passages

les plus difficiles ; & que j'en ai, peuc-être, expliqué quelques-uns qui n'avoient pas encore été bien entendus. . Je ne me flatte

pas ,

néanmoins, d'avoir tout éclairci : mais quand l'évidence me manque, j'ai soin d'en avertir.

Le Discours préliminaire de la première Édition , ne consiscoit qu'en un simple parallèle entre Horace & Juvénal : j'ai conservé ce parallèle, à peu-près tel qu'il étoit , par respect pour le Public qui paroît l'avoir approuvé.

Cette fois, j'ai repris les choses de plus haut, & je suis cntré dans un plus grand

détail. A l'aide de mes Mémoires sur les Satiriques Latins, Mémoires que j'ai lus à l'Académie des Belles - Lettres , j'ai à d'abord tracé le tableau des progrès de la Satire Romaine : ensuite examinant, l'un après l'autre, les trois Satiriques qui nous sont parvenus, je les ai sur-tout considérés relativement aux circonstances, aux mæurs & au goût du siècle où chacun d'eux écrivoit. Cette route, du moins, n'avoit pas encore été frayée.

SUR LES SATIRIQUES LATINS, Suivi de quelques réflexions sur l'art

de traduire is

PREMIÈRE PARTIE.

C'est dans le cæur humain , beaucoup moins reconnoissant de ce qui le flatte , quc révolté de ce qui le blesse , qu'il faut chercher le véritable esprit de la Satire antique, & telle

que nous allons la considérer: esprit qui, d'ailleurs, est répandu, depuis les tems les plus reculés jusqu'à nos jours, dans toutes les productions Littéraires faites pour instruire les hommes ou pour les amuser. Homère n'est-il pas de tems en tems satirique (a)? Le début de Salluste, dans sa guerre de Jugurtha , ne forme-t-il pas , jusqu'au moment où Juvénal prit la plume, la satire la plus véhémente que l'on eût encore faite des progrès de la corruption Romaine ? Et le seul nom de Tacite ne sera-t-il pas toujours plus formidable pour les Tyrans, que celui de la plupart des Satiriques de profession? Mais entrons en matière.

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i Les chiffres renvoyent aux Notes qui sont au bas des pages; & les lettres, à celles qui se trouvent à la suite du Discours.

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La Satire Romaine, grossière & licentieuse dans son origine , subit différentes formes successives (6). Après avoir été épurée par Ennius , Pacuvius, &, surtout, par le redou- . table Lucilius '; après avoir été ensuite perfectionnée par des hammes de génie , elle devint enfin une école de mours & de goût. Cependant, elle enseignoit moins qu'elle n'encourageoit : vous avez fait un Poëme disoit Cicéron à Varron , dont l'objet est plutôt d'exciter que d'instruire 2.

Afin d'inspirer aux Citoyens des goûts & des penchans qui les fissent commercer entr'eux de la manière la plus agréable & la plus sûre, elle reprenoit les défauts & les vices, c'est-à-dire ce qui importune & ce qui nuit : ainsi,

L'ardeur de se montrer & non pas de médire,
Arma la vérité du vers de la Satire 3.

I

c. Toutes les fois que l'ardent Lucilius s'arme de sa », plume non moins redoutable qu'un glaive étince lant, no le criminel tremble, il rougit, & la sueur des renords » dégoutte de son cæur : »

Ense velut stricto quoties Lucilius ardens
Infremuit, rubet auditor cui frigida mens est
Criminibus , tacitâ sudant præcordia culpâ.

Juv. Sat, 1, v. 165 p. 18.

2 Fecisti poema ad impellendum satis , ad docendum

parum. Cic,

3 Boileau, Art, Poét, chant 11, V, 1454

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