Page images
PDF
EPUB

23

Detestata 1. Manet sub Jove ? frigido
Venator teneræ 3 conjugis immemor,
Seu visa est catulis * cerva fidelibus,
Seu rupit teretes 5 Marsus aper plagas.

Me 6 doctarum hederæ præmia frontium
Dis miscent superis, me gelidum nemus
Nympharumque leves cum Satyris chori
Secernunt populo, si 8 neque tibias
Euterpe 9 cohibet nec Polyhymnia
Lesboum refugit tendere barbiton 10.
Quod si 11 me lyricis vatibus inseres,
Sublimi feriam 12 sidera vertice.

7

30

35

II

Cette ode est une pièce politique. Depuis trop longtemps, dit le poète, la colère des Dieux, manifestée par des prodiges effrayants, châtie les Romains livrés à la guerre civile (1-24). Quel dieu délivrera le peuple romain? Mercure sans doute, sous la figure d'Octave (25

1. Detestata. Ce passif se trouve Romains surtout, suppose le savoir. déjà chez Cicéron..

7. Nemus. C'est loin des villes que 2. Jove, par méton. pour cælo. le poète trouve l'inspiration. 3. Teneræ, jeune.

8. Si, avec l'indicatif; la condition 4. Catulis, dat. comme matribus est considérée comme un fait réel. vers 24.

9. Euterpe, muse de la poésie lyri5. Teretes, fait de cordages arron- que qu'elle accompagne de la flûte. dis (bien tordus). Marsus. Les Polyhymnia, qui préside aux hymnes. Marses habitaient, dans l'Italie cen- 10. Barbiton (ou barbitos), sorte de trale, un plateau des Apennins entre grande lyre à sept cordes, inventée, le Liris et l’Aternus, autour du lac dit-on, par le Lesbien Terpandre. LesLucrin. Les sangliers abondaient dans bos est aussi la patrie d'Alcée et do ce pays. Voy. Virg., Géorg., III, 255, Sapho. — Refugit, un des nombreux Sabellicus sus.

verbes qu'Horace emploie dans le sens 6. Me, par opposition aux différen- de nolle. Voy. Rem. 43. tes classes de gens dont Horace vient 11. Quodsi, terme prosaïque, plude décrire les goûts. Hederæ. Le sieurs fois pourtant employé dans les lierre est souvent désigné comme l'at- Odes. — Inseres, plus modeste qun tribut des poètes. Voy. Virg., Buc., inseris : les éditions et les ma7, 25 :

nuscrits sont partagés entre les deux Hedera nascentem ornate poetam.

leçons.

12. Feriam sidera, je serai au comDoctarum. La poésie, chez les

ble de mes veux.

44). Puisse-t-il rester longtemps sur cette terre pour le bonheur de la nation!

Cette pièce a été écrite après le triple triomphe de l'an 29 et même après que’Octave fut nommé princeps senatus (v. 50). A cette époque, la guerre civile était terminée; Horace célèbre donc indirectement, sous forme de prophétie, les événements déjà accomplis.

3

Jam satis terris nivis atque diræ 1
Grandinis misit Pater 2 et rubente
Dextera sacras jaculatus arces

Terruit Urbem,
Terruit * gentes, grave ne rediret
Sæculum 5 Pyrrhæ nova monstra questæ,
Omne cum Proteus 6 pecus egit altos

Visere 7 montes.

4

[blocks in formation]

5

6

[ocr errors]

10

Piscium et summa genus hæsit ulmo 8,
Nota quæ sedes fuerat columbis 9,
Et superjecto 10 pavidæ natarun

Æquore dama

1. Diræ, sens primitif du mot, « de Armenta et turpes pascit sub gurgite phocas mauvais augure », d'où, surtout en poésie, « terrible, cruel ». Cette épith. 7. Visere, dépendant de egit. Tour se rapporte aussi bien à nivis qu'à poét. Voy. En., III, 5. grandinis. Horace rappelle les pre- 8. Ulmo, imité par Ovide ou, si c'est sages qui suivirent la mort de César; une interpolation, imité d'Ovide, Mét., à rapprocher du passage de Virgile, 1, 299 : Géorg., I, 488.

Hic summa piscem deprendit in ulmo. 2. Pater, Jupiter. Rubente (partic.), que rougissent les reflets de la

La mème image se trouve dans un foudre.

frag. d'Archiloque (Bergk, Fr. 74) : 3. Arces, le Capitole.

μηδείς έθ' υμών εισορών θαυμαζέτω, 4. Terruit gentes. Cette anaphore pro otævoel gioclāpeçautapaiyara ne semble pas heureuse;terruit change de sens à la reprise; ce n'est pas la 21 YOU.ON Èvíkuu za!

θαλάσσης

5?! neige, la grèle, la foudre en effet qui zeevru xupata piltepin teipou peuvent faire craindre aux nations le | νηται, τοϊσι δ' ήδύ ήν όρος. retour du déluge. Les vers 5-12 nous 9. Columbis. Ce mot désigne géné. paraissent apocryphes.

ralement les pigeons, qui ne nichent 5. Sæculum, fréquemment employé pas sur les arbres ; le mot propre serait

Pyrrhæ, femme de Deu-palumbis, mais Horace ne se sert que calion, le Noë de la mythol. grecque. de la forme palumbes. Voy. Ovide, Mét., I, 260-415.

10. Superjecto, où ils sont plongés 6. Proteus, le devin, pasteur des jusqu'à la tête, à moins qu'on ne soustroupeaux de Neptune. Voy. Virg., entende terræ; ce qui parait plus na: Géorg., IV, 395 :

turel,

pour ætas.

15

Vidimus flavum Tiberim 1 retortis
Litore ? Etrusco violenter uudis
Ire dejectum monumenta: regis

Templaque Vestæ",
Iliæ dum se nimium querenti
Jactat ultorem, vagus

6 et sinistra 7
Labitur ripa Jove non probante u-

xorius 8 amnis.
Audiet 9 cives acuisse ferrum,
Quo graves 10 Persæ melius perirent,
Audiet pugnas vitio 11 parentum

Rara juventus.
Quem vocet divum populus ruentis
Imperi 12 rebus? Prece qua fatigent

20

25

1. Tiberim. Allusion probable à 8. Uxorius. Pour cette in de yers, l'inondation de l'an 44, dont parle voy. Obs. 3, p. 26. Virg., Géorg., 1, 481. Dion Cassius 9. Audiet. La jeunesse, qui grandit mentionne encore celle de l'an 27 maintenant, apprendra un jour. On av. J.-C., le jour même où Octave fut peut s'étonner de la brièveté de cette proclamé Auguste; mais les augures strophe unique, consacrée aux guerla considérèrent comme un présage fa- res civiles annoncées par les présages vorable. Le même historien mentionne longuement décrits dans les vers préencore une inondation terrible de l'an cédents. L'expression cives acuisse est 22 av. J.-C. Voyez la description de concise, à l'excès peut-ėtre; mais on phénomènes semblables chez Pline le supplée aisément in cives, par opposiJeune, Lettres, VIII, 17.

tion àquograves Persæ melius perirent. 2. Litore Etrusco. Le rivage de la 10. Graves Persæ, c.-à-d. les Parthes, mer d'Etrurie; l'eau refoulée par la l'ennemi alors le plus redoutable. Les mer remontait vers sa source.

Parthes, autrefois sujets des rois de 3. Monumenta regis. La maison de Perse, passèrent sous la domination Numa Pompilius existait encore du d'Alexandre, puis des Séleucides, Ils temps d'Auguste, près du forum. devinrent indépendants sous Arsace,

4. Vestæ. Le temple de Vesta, entre en 256. On connait la défaite que leur le Palatin et le Capitole, fut brûlé, ainsi roi Orode avait infligée à Crassus en que le palais de ce roi, sous Néron. 53, la lutte qu'Antoine soutint péniVoy. Tac., Ann., XV, 41.

blement contre eux. C'est en 20 seu. 5. lliæ, Ilia ou Rea Silvia, mère de lement qu'Auguste signa un traité avec Romulus; suivant Ennius, elle fut jetée Phraates. par ordre d'Amulius dans le Tibre, 11. Vitio parentum, par la faute des et ce dieu l'épousa. Elle excite son parents, à cause des guerres civiles. mari à venger son descendant César. 12. Imperi. Horace et Virgile font - Il faut joindre nimium à querenti. toujours en i le genitif des substantiss 6. Vagus, sorti de son lit.

en ius ou ium. Ovide et Properce em7. Sinistra ripa, la rive gauche, où ploient assez souvent la forme ii, qui est située Rome Jove non pro- régnera presque seule chez les poèicy bante, fiction épique.

postérieurs.

30

Virgines sanctæ minus audientem

Carmina Vestam 1?
Cui dabit partes scelus ? expiandi
Juppiter? Tandem venias, precamur,
Nube candentes umeros amictus 3,

Augur Apollo;
Sine tu mavis, Erycina ridens,
Quam Jocus 5 circum volat et Cupido;
Sive neglectum genus et nepotes

Respicis, auctor 6,
Heu nimis longo satiate ? ludo,
Quem juvat clamor galeæque leves
Acer et Mauri 8 peditis cruentum

Vultus in hostem.
Sive mutata juvenem figura
Ales 9 in terris imitaris, almæ

33

40

1. Vestam. Vesta, protectrice de traction, comme Virg., En., XI, 856 Ron.e; son culte est inséparable de « huc periture veni ». C'est l'inverse celui des Pénates publics. Outre son de Filius Maiæ, avec sens vocatii antique temple de Rome (vers 16), elle (vers 43). avait un sanctuaire à Lavinium, la pa- 8. Mauri peditis. Les manusc, ont trie primitive des Romains, où Enée tous Mauri. Beaucoup d'éditeurs avait apporté le feu sacré et les Péna- disent Marsi, le fantassin marse (itates de Troie. Les consuls, lors de leur lien). Il s'agit plutôt d'auxiliaires entrée en charge, allaient sacrifier dans maures, qui combattaient à pied. ce sa tuaire.

Strabon, XVII, 3, 7 (éd. Didot), parle 2. Scelus, le meurtre de J. César. de fantassins maures, ainsi que SalVoy. vers 43.

luste (Jug., 59) et Suétone (Cés., 66). 3. Amictus. Rem. 26. Homère dit César mentionne dans la guerre des aussi d'Apolloniuévos őpoliv veci 1:3, Gaules (11, 10) un corps de Numides, (Il., XV, 308). Horace invoque tout levis armaturæ, expression qui s'emd'abord Apollon, dont Auguste se ploie pour de l'infanterie légère. croyait fils, puis Vénus, à qui remon- C'étaient, dit M. Benoist, les turcos tait l'origine de la gens Jūlia. de l'armée romaine. Horace aurait vu

4. Erycina, du mont Eryx en Sicile, lui-même, pendant les guerres civiles, où Vénus avait un temple, élevé, dit- ces redoutables soldats, restes des on, par Enée. — Ridens, épith. homé- vieilles bandes de César, qui devaient rique.

servir sous Antoine et sous Octavien. 5. Jocus et Cupido, Cupido ailé gé- (Voy. Revue de Philologie, 1878.) néralement placé à côté de Vénus. Sur 9. Ales, Mercure, dieu du commerce, une monnaie de L. Jul. César, on la identifié avec Hermès, fils de Maïa, voit accompagnée de deux Amours. représenté souvent avec des ailes aux 6. Auctor, Mars.

talons. C'est un dieu bienfaisant, d'où 7. Satiate, voc. par une sorte d'at- I l'épith. (l'alma donnée a sa mère. 45

Filius Maiæ, patiens 1 vocari

Cæsaris 2 ultor :
Serus in cælum redeas, diuque
Lætus 3 intersis populo Quirini,
Neve te nostris vitiis iniquum

Ocior
Tollat 6; hic magnos potius triumphos ?,
Hic ames dici pater atque princeps,
Neu sinas Medos 8 equitare inultos,

Te duce, Cæsar 9.

5

aura

50

8

II

Horace souhaite à Virgile une traversée favorable (1-9), et, à cette occasion, il maudit l'invention des navires (10-24); enfin il s'élève contre l'audace des hommes qui méprise toutes les lois de la nature et des Dieux.

La dernière partie de cette ode est une imitation du fameux cheur de l'Antigone de Sophocle πολλά τα δεινά, etc.

On sait que Virgile entreprit un voyage en Grèce, l'an 19 avant Jésus-Christ, et qu'il mourut au retour, à Brindes, le 22 septembre de la même année. Comme le premier livre des Odes a été publié en 22 ou 24, il faut croire qu'il s'agit d'un autre voyage exécuté ou médité par Virgile, à moins d'admettre (ce qui est possible) que la pièce ait été introduite dans le recueil après la première publication.

Sic te diva potens 10 Cypri,

Sic fratres Helenæ, lucida sidera 11,

1. Patiens vocari. Rem. 45.

race invite Auguste à se tourner con2. Cæsaris ultor. Mercure prend ce

tre les ennemis du dehors et à venger titre comme Octave, avec qui le poète les défaites de Crassus et d'Antoine feint de le confondre.

9. Cæsar. Abandonnant sa fiction, 3. Lætus, propice. — Populo Quirini, Horace appelle Oclave de son véria comme Romula gens (Od., IV, Iv(v),1). table nom. 4. Iniquum, iratum.

10. Potens Cypri, qui règne sur Chy5. Ocior,« quam nobis in optatis est». pre. C'est dans celle ile qu'Aphrodite 6. Tollat, sup. in cælum.

sortit de l'onde; et c'est de la que son 7. Triumphos, compl. de ames, s.- culte, asiatique d'origine, se répandit ent. V, Rem. 42.

dans les iles et dans la Grèce. 8. Medos, les Parthes, vers 22. Ho- 11. Sidera. Les Dioscures, Castor ct

« PreviousContinue »