Page images
PDF
EPUB

:

Mercator; tu, consultus modò, rusticus : hinc vos,
Vos hinc, mutatis discedite partibus. Eia!
Quid statis? Nolint : atqui licet esse beatis.
Quid causæ est, meritò quin illis Jupiter ambas
Iratus buccas inflet, neque se fore posthac
Tam facilem dicat, votis ut præbeat aurem?

Prætereo; ne sic, ut qui jocularia, ridens
Percurram
quanquam

ridentem dicere verum Quid vetat? ut pueris olim dant crustula blandi Doctores, elementa velint ut discere prima. Sed tamen amoto quæramus seria ludo. Ille gravem

duro terram qui vertit aratro, Perfidus hic caupo, miles, nautæque per omne Audaces mare qui currunt, hâc mente laborem Sese ferre, senes ut in otia tuta recedant, Ajunt, cùm sibi sint congesta cibaria : sicut Parvula ( nam exemplo est) magni formica laboris Ore trahit quodcunque potest, atque addit acervo Quem struit, haud ignara ac non incauta futuri; Quæ, simul inversum contristat Aquarius annum, Non usquam prorepit, et illis utitur antè Quæsitis sapiens : cùm te neque fervidus æstus Demoveat lucro, neque hiems, ignis, mare, ferrum; Nil obstet tibi, dum ne sit te ditior alter. Quid juvat immensum te argenti pondus et auri Furtim defossâ timidum deponere terrâ ? Quod, si comminuas, vilem redigatur ad assem: At, ni id fit, quid habet pulchri constructus acervus ? Millia frumenti tua triverit area centum; Non tuus hoc capiet venter plus ac meus : ut si Reticulum panis venales inter onusto

« Soldat, deviens marchand; toi, commerçant, guerrier « Fermier, tu seras juge; et toi, juge, fermier. « Allons, soyez heureux; j'y consens. Quel caprice! « Eh quoi! vous hésitez! » Oh!comme avec justice Le Dieu leur lancerait un regard furieux, En jurant désormais d'être sourd à leurs voeux !

Je ris : et pourquoi non ? Souvent le badinage Para la vérité dans la bouche du

sage. Ainsi le maître habile, à l'aide des bonbons, Fait goûter aux enfans ses premières leçons.

Mais cessons de railler. Commerçant, militaire,
Et celui dont le soc fend le sein de la terre,
Et celui dont la nef sillonne au loin les mers,
Se livrent, disent-ils, à ces travaux divers,
Pour jouir quelque jour, au sein de l'abondance,
Du repos et des biens qu'amassa leur prudence.
La fourmi prévoyante, avec un long effort,
Des moissons de Cérés enrichit son trésor:
Oui, mais quand le Verseau désole la nature,
Cette sage fourmi, dans sa retraite obscure,
Se

repose, et jouit du fruit de ses travaux.
Et vous, ni les frimas, ni l'été, ni les eaux,
Rien, rien ne ralentit votre avare manie,
Tant qu'un voisin plus riche excite votre envie.
Quoi ! tu creuses la terre, et ta furtive main
Lui confie un métal arraché de son sein?
Y toucher, te voilà ruiné. Mais, pauvre homme,
Si tu n'y touches pas, quel charme a cette somme?
Ton aire, tous les ans, te rend mille boisseaux.
Manges-tu plus que moi? L'esclave dont le dos
Se courbe sous le poids des vivres qu'il apporte

[ocr errors]

Fortè vehas humero, nihilo plus accipias quàm
Qui nil portârit. Vel dic, quid referat intra
Naturæ fines viventi, jugera centum, an
Mille aret? At suave est ex magno

tollere acervo.
Dum ex parvo nobis tantumdem haurire relinquas,
Cur tua plus laudes cumeris granaria nostris ?
Ut, tibi si sit opus liquidi non amplius urna,
Vel cyatho, et dicas : Magno de flumine mallem,
Quàm ex hoc fonticulo tantumdem sumere. Eò fit,
Plenior ut si quos delectat copia justo,
Cum ripâ simul avulsos ferat Aufidus acer:
At qui tantuli eget, quanto est opus, is neque limo
Turbatam haurit aquam, neque vitam amittit in undis.

At bona pars hominum, decepta cupidine falso, Nil satis est, inquit, quia tanti, quantum habeas, sis. Quid facias illi? Jubeas miseram esse libenter, Quatenus id facit; ut quidam memoratur Athenis Sordidus ac dives, populi contemnere voces Sic solitus : Populus me sibilat ; at mihi plaudo Ipse domi, simul ac nummos contemplor in arcâ. Tantalus à labris sitiens fugientia captat Flumina.... Quid rides ? mutato nomine de te Fabula narratur. Congestis undique saccis Indormis inhians, et tanquam parcere sacris Cogeris, aut pictis tanquam gaudere tabellis. Nescis quo valeat nummus, quem præbeat usum ? Panis ematur, olus, vini sextarius : adde Queis humana sibi doleat natura negatis. An vigilare metu exanimem, noctesque diesque Formidare malos fures, incendia, servos, Ne te compilent fugientes, hoc juvat? Horum Semper ego optârim pauperrimus esse bonorum.

N'en aura que sa part, comme un autre. Eh! qu'importe,
Lorsqu'à ses vrais besoins l'homme sait se borner,
D'avoir ou cent arpens ou mille à moissonner?

- Mais puiser d'un grand tas est une jouissance.
- Pourquoi? je n'envirai jamais ce tas immense,
Lorsque j'en trouve assez dans un petit panier :
Le sac qui me suffit vaut ton riche grenier.
Quoi ! pour un verre d'eau, qu'on peut puiser sans peine,
Irai-je, dédaignant une claire fontaine,
Chercher quelque grand fleuve au péril de mes jours,
Pour être avec sa rive entraîné dans son cours ?
Qui sait se conformer aux lois de la nature,
S'abreuve sans danger dans une source pure.

(C

Mais, pour justifier leurs desirs insensés, Les hommes vous diront : « On n'a jamais assez; « L'estime se mesure aux richesses. » Que faire? Plus de discours, livrez ces fous à leur misère. Certain avare grec se moquait des mépris. « Le peuple, disait-il, me siffle; et moi, je ris,

Quand je compte chez moi mes richesses sonnantes. » Tel, poursuivant les flots de ses lèvres brûlantes, Tantale

par

la soif sans cesse tourmenté. ....
Tu ris? c'est toi qu'on peint sous un nom emprunté.
Sur ces sacs entassés, que jour et nuit tu gardes,
Tu dors les yeux ouverts, et tu ne les regardes
Que comme une peinture; ils sont sacrés

pour

toi.
Ignores-tu de l'or et le prix et l'emploi?
Achète un peu de vin, de pain, et te procure :
Ces plaisirs innocens qu'exige la nature.
Eh quoi ! toujours veiller, demi-mort de frayeur !
Redouter ses valets, la flamme, le voleur!
Si ce sont les plaisirs que l'on doit aux richesses,
O Dieux ! épargnez-moi vos fatales largesses.

At, si condoluit tentatum frigore corpus,
Aut alius casus lecto te affixit, habes qui
Assideat, fomenta

paret, medicum roget út te
Suscitet, ac'natis reddat carisque propinquis.
Non uxor salvum te vult, non filius : omnes
Vicini oderunt, noti, pueri atque puellæ.
Miraris, cùm tu argento post omnia ponas,
Si nemo præstet, quem non merearis, amorem?
An sic

cognatos, nullo natura labore
Quos tibi dat, retinere velis servareque amicos?
Infelix operam perdas : ut si quis asellum
In campo doceat parentem currere frænis.

Denique sit finis quærendi; cùmque habeas plus,
Pauperiem metuas minùs, et finire laborem
Incipias, parto quod avebas : ne facias, quod
Ummidius quidam (non longa est fabula ) dives
Ut metiretur nummos, ita sordidus ut se
Non unquam servo meliùs vestiret; ad usque
Supremum tempus, ne se penuria victûs
Opprimeret, metuebat: at hunc liberta securi
Divisit medium, fortissima Tyndaridarum.
Quid mî igitur suades? ut vivam Mænius ; aut sic
Ut Nomentanus ? Pergis pugnantia secum
Frontibus adversis componere : non ego, avarum
Cùm veto te fieri, vappam jubeo ac nebulonem.
Est inter Tanain quiddam socerumque Visellî.
Est modus in rebus : sunt certi denique fines,
Quos ultra citraque nequit consistere rectum.

Illuc, unde abii, redeo. Nemone ut avarus Se probet, ac potiùs laudet diversa sequentes? Quodque aliena capella gerat distentius uber,

« PreviousContinue »