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A ses pieds rouleront les cuirasses immenses,
Et les casques pesans, et les dards, et les lances.
Il se retracera nos barbares aïeux;
Et leurs grands ossemens étonneront ses yeux.
Généreux fils de Mars, toi que Rome révère,
Et que ses citoyens reconnaissent pour père;
Et toi surtout, Vesta , dont les puissans regards
Veillent au Capitole, et gardent nos remparts,
Conservez-nous César, ô Dieux de la patrie!
Rome, pour vivre encor, a besoin de sa vie.
Pour laver d'Ilion les parjures sermens,
Notre sang et nos pleurs ont coulé trop long-tems.
Et cependant, hélas ! le ciel impitoyable
Semble envier César à notre âge coupable!
Le ciel avec douleur voit ce jeune héros
Méditant chaque jour des triomphes nouveaux,
Dans un tems où la flamme, et le fer, et les crimes,
Aux barbares humains ont paru légitimes!

Déja plus d'abondance au milieu des guérets ;
Le travail ne fait plus germer l'or de Cérès.
La guerre a tout détruit: nos plaines délaissées
De ronces, de chardons, sont au loin hérissées.
A ses champs arraché, le triste laboureur
Change sa faux paisible en glaive destructeur.
De rivaux, animés d'une égale furie,
Le Danube et l'Euphrate inondent l'Italie.
Voisins contre voisins, cités contre cités:

Tout combat; tout est sourd à la voix des traités.

Ainsi, lorsque, des yeux dévorant la carrière,
De généreux coursiers franchissent la barrière,
Déjà, pour retenir leur vol impétueux,
Le guide, en s'agitant, roidit son bras nerveux;
Et cependant le char, dans sa fougue rebelle,
N'écoute plus le frein , ni la voix qui l'appelle.

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Cruel! tu prétendais jusqu'au dernier moment Me cacher ton forfait et mon aveuglement; Et les noeuds de l'amour, la voix de l'hyménée, Didon, qui pour jamais à toi s'était donnée, Ses sanglots, sa douleur, et son prochain trépas : Rien n'aura le pouvoir de retenir tes pas! Quand il s'agit de fuir cet odieux rivage, Des saisons et des vents tu ne crains point la rage! Et c'est toi qui me fuis! et c'est toi qui me hais! Tu me hais! tu le peux ! Si tu m'aimas jamais, Si mes bienfaits jadis ont fait cesser ta peine, Je t'en conjure ici par ma main, par la tienne, Par ces pleurs (aujourd'hui je n'ai plus d'autre bien), Par nos feux mutuels, par le plus doux lien: Dépouille en ce moment une âme injuste et dure, Et songe que les Dieux abhorrent le parjure. Numides, Libyens, irrités contre moi:

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J'ai tout bravé, cruel, et tout bravé pour toi.
De Carthage, pour toi, j'ai fait mon ennemie.
La gloire dont j'avais environné ma vie;
La pudeur (que je crus devoir toujours chérir);
Imprudent! pour toi seul quand j'ai pu les trahir,
Tu pars; et loin de toi, ta malheureuse amante,
Loin de toi, sur ces bords, tu la laisses mourante !
Hôte barbare! hélas ! où prendre un nom plus doux,
Lorsque tu ne veux point du nom sacré d'époux ?
Je vais donc être en butte à mon perfide frère:
Peut-être en Gétulie irai-je, prisonnière,
A la face des Dieux, y recevoir la foi
D'un roi sauvage, encor moins sauvage que toi!
Mais, en m'abandonnant, en quittant ce rivage,
Si de tes feux du moins tu me laissais un gage,
Ses caresses, ses jeux innocens, enfantins,
Rallumeraient mes jours par la douleur éteints;
Ses traits, ses traits chéris me tromperaient sans cesse;
A chaque instant du jour ma crédule tendresse
Te verrait, t'aimerait, t'adorerait en lui;
Peut-être quelque jour il serait mon appui! »

2

Il est nuit: l'univers s'abandonne au repos;
La campagne se tait; les forêts et les flots
Se taisent; tous les cours ont oublié leurs peines.
Les troupeaux qui couvraient les monts, les bois, les plaines:
Les nations des mers, de la terre et des cieux;

Les astres, poursuivant leur cours silencieux,

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Tout dort; mais Didon veille; et jamais de son caur
Le sommeil n'assoupit, ne suspend la douleur.
De chagrin, de colère et d'amour agitée,
Elle interroge ainsi son âme tourmentée:
« Après tous mes dédains, faudra-t-il aujourd'hui
Implorer d'un Numide et l'hymen et l'appui?
Ou, désormais esclave, et peut-être importune,
Des Troyens sur les mers suivrai-je la fortune?
Que dis-tu, malheureuse? oublîras-tu jamais.
De quel prix ces Troyens ont payé tes bienfaits ?
Seule, iras-tu chercher une nouvelle injure,
Et de Laomedon tenter la foi parjure?
Ou bien aux flots trompeurs, aux zéphyrs incertains,
De ton empire entier confier les destins ?
Meurs : finis tant de maux par un juste supplice.
O ma sœur! de mes feux tu fus aussi complice:
Tu devinas l'amour que révélaient mes pleurs;
Et ta pitié cruelle a fait tous mes malheurs.
Hélas ! quand je devais, à l'hymen insensible,
Laisser couler ma vie innocente et paisible,
Tu parlas : j'oubliai ces nouds jadis si doux,
Et cette foi jurée aux cendres d'un époux. »

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Cependant le héros, sur la poupe,

immobile, Certain de son départ, goûte un sommeil tranquille. OEuvres posthumes. II.

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