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A vos deux corps unis ne laisseront qu'une âme,
De ce ton si puissant que toi seule connais
Au nom de tes Romains demande-lui la paix.
Pourrions-nous, en des tems où gémit la patrie,
Nous livrer sans réserve à la philosophie ?
Memmius de son nom doit soutenir l'éclat,
Et donner tous ses soins au salut de l'État.

Je veux,

ô Memmius, qu'attentif et docile Tu puisses me prêter une oreille tranquille: Autrement, vains efforts; et mes discours perdus Se verraient dédaignés, faute d'être entendus : Suis-moi donc pas à pas. L'origine des choses,

à Et l'essence des Dieux, et les premières causes; Par quels soins merveilleux la nature produit; Et comment chaque chose augmente et se détruit: Voilà ce qu'en mes vers je veux, d'une main sûre, Graver pour Memmius et la race future. . Surtout laissons les Dieux, en pleine oisiveté, Savourer à longs traits leur immortalité. Sans douleurs, sans périls, riches de leur richesse, Ont-ils quelque commerce avec notre faiblesse? Songent-ils aux mortels? et nous flatterions-nous D'attirer leurs bienfaits, d'appeler leur courroux ?

De mensonge enivrés sous un joug imbécile, Autrefois les humains courbaient un front servile; Et la religion, ce fantôme odieux,

Cachant insolemment sa tête dans les cieux,
De son horrible aspect épouvantait la terre:
Un homme, un Grec? osa lui déclarer la guerre.

I.
Sur elle, le premier, fixant des yeux mortels,
Les dieux, leur vain renom, leur culte, leurs autels,
De leur foudre impuissant l'éclatante menace :
Tout ne fit qu'irriter sa généreuse audace.
Des mains de la nature il fit tomber les fers,
Franchit les murs brûlans qui ceignent l'univers,
Au sein de l'infini courut chercher les causes,
L'action, le pouvoir, les limites des choses.
De l'Olympe jaloux par lui victorieux,
Les humains désormais égalèrent les Dieux;
L'erreur s'évanouit; et l'absurde fantôme
Tomba sans se défendre aux pieds de ce grand homme.

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Ne va pas t'y tromper toutefois: mon dessein
N'est pas, cher Memmius, d'empoisonner ton sein;
Et, t'ouvrant les chemins qui conduisent au crime,
D'entraîner ta raison en un funeste abîme :
Mes leçons n'auront point ces sinistres effets.
C'est la Religion qui commet des forfaits :
C'est elle qui jadis, aux rivages d’Aulide,
Exigea pour victime une vierge timide,
Et

par qui tous les Grecs, également cruels, Offrirent un sang pur à des Dieux criminels.

1. Pythagore.

En des tems plus heureux celle qui la première
Nomma le roi des rois de ce doux nom de père,
A

pas lents aujourd'hui s'approchant de l'autel,
Sur son front vertueux sent le bandeau mortel,
Voit aux mains de Calchas le poignard inflexible,
Et son père présent à cette scène horrible,
Son père au désespoir, toute la Grèce en pleurs.
Stérile désespoir! inutiles douleurs !
D'un ail qui ne voit plus, la triste Iphigénie,
Redemandant au ciel le reste de sa vie,
Déja toute à la mort, contre un si rude coup
En vain se préparant, chancelle tout à coup.
L'innocente princesse à l'autel est traînée,
Non pour former les nouds d'un illustre hyménée.
Lorsqu'à peine elle touche à l'âge où ces beaux neuds
D'un époux, d'un héros, auraient comblé les væux,
Pour apaiser Diane, et les vents en colère,
Elle tombe; et son sang rejaillit sur un père.
Tant la Religion sait endurcir les caurs !
Tant sa coupable voix inspire de fureurs !

IMITATION

D'UN MORCEAU

DES GÉORGIQUES.

Solem quis dicere falsum Audeat, etc. (CHANT I.)

1782.

N'allez pas du soleil négliger les présages :
Que de fois il annonce, et les sanglans orages,
Et les calamités, et les jours odieux,
Que le sombre avenir cache à nos faibles yeux !

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D'un farouche assassin lorsque le bras impie
Trancha du grand César la glorieuse vie,
L'astre du jour pâlit; et l'univers tremblant
Se crut à cette fois plongé dans le néant.
De signes menaçans quelle suite effrayante!
Tout dans ces jours cruels nous glaçait d'épouvante;
Tout disait nos malheurs : et la terre, et les eaux,
Et les cris importuns des sinistres oiseaux.
Bientôt avec fureur Etna rompant ses chaines,
Armé de tous ses feux, vint fondre sur nos plaines.
Le Germain vit les cieux chargés de combattans;
L'Apennin s’agita par de longs tremblemens;
De lamentables voix durant les nuits gémirent;
Et de spectres hideux nos forêts se remplirent.
Que dis-je? des Romains partageant les douleurs,
Dans nos temples sacrés l'airain versa des pleurs.
La terre ouvrit son sein; les animaux parlèrent...
Au milieu de leurs cours les fleuves s'arrêtèrent;
L'Éridan furieux, couvrant tout de ses eaux,
Engloutit les forêts, les plaines, les troupeaux;
Le prêtre, consterné, dans le sein des victimes
Ne lit que des malheurs, des combats et des crimes;
Le Tibre avec effroi roule des flots sanglans;
Les loups dans nos cités poussent des hurlemens.
Jamais en un ciel pur, en des jours sans orages,
La foudre ne causa de plus fréquens ravages;
Et jamais la comète, ardente au haut des cieux,
N'effraya les humains de regards plus affreux.

Pour la seconde fois les plaines d'Émathie
Virent des ennemis ayant même patrie;
Deux fois le ciel voulut que ces champs inhumains
S'abreuvassent du sang des malheureux Romains.

Loin de ces tems marqués par nos guerres civiles, Un jour, le laboureur, dans ces champs trop fertiles, Courbé sur la charrue, ardent à ses travaux, Entendra se heurter les armes des héros.

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