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PRÉFACE.

Un mot sur ce volume. Je ne m'y suis pas proposé de retracer toute la suite de la littérature romaine sous les empereurs, mais seulement de représenter cette littérature à ses deux principales époques. La prenant donc où elle commence véritablement, ainsi que l'Empire, à César, je la conduis jusqu'aux Antonins. Ce sont là ses deux grands âges, l'âge de la poésie et celui de la philosophie. Il m'a paru que, renfermé dans ces limites, ce sujet, bien qu'ancien, pourrait encore offrir un intérêt de nouveauté et même d'à-propos, car, si je ne me trompe, l'antiquité, un moment délaissée, a repris faveur. Comment, en effet, pourrions-nous nous en séparer ? L'antiquité, c'est nous-mêmes. On l'a très-bien et très-justement dit : « Il ne faut pas s'y tromper, notre littérature française est tout antique. Quand on ne lira plus Virgile et

a

Horace, on ne lira pas davantage Racine et Boileau. Le français de Bossuet est presque du latin. Cicéron, Tite Live, Salluste entraîneraient dans leur chute, Pascal, Massillon, Voltaire lui-même. » Si le goût est intéressé à l'étude des lettres anciennes, la morale ne l'est pas moins. Les sciences sans doute ont leur utilité et leur grandeur; mais elles ne disent rien au coeur et à l'imagination ; les lettres seules sont la vie de l'âme. Nous ne voudrions donc pas, uniquement occupés des sciences et de leurs applications matérielles, répudier les nobles ensei gnements de la poésie, de l'éloquence, de la philosophie et de l'histoire, et renoncer, au grand péril de la dignité humaine et de la pensée, à ces saines et libérales traditions qui ont été l'honneur de notre littérature !

LES

ÉCRIVAINS LATINS

DE L'EMPIRE.

I

HORTENSIUS.

Verborum et actionis genere commotior.

(CICÉRON, Brutus, 91.)

Hortensius n'appartient pas à l'empire : il devrait donc, ce semble, ne point figurer ici. Mais il nous a paru qu'il ne serait pas hors de propos, avant d'entrer dans l'histoire littéraire de l'empire, avant de parler de cette éloquence pacifiée par Auguste, de rappeler comme un contraste cette autre éloquence si longtemps maîtresse du forum, ces triomphes de la tribune qui n'étaient plus, sous l'empire, qu'un souvenir et le regret des grandes âmes. Dans ce dessein, Cicéron s'offrait naturellement à nous; Cicéron, c'est l'éloquence romaine elle-même, c'est le plus glorieux représentant de cette liberté de la tribune, dont il fut le martyr. Mais, sur Cicéron, que reste-t-il à dire ? Il nous a donc paru que, moins connu, son rival pouvait être plus curieux à étudier : voilà pourquoi à l'accusateur de Verrès nous avons préféré son défenseur. Un autre motif nous y a engagé. Nous ne nous proposons pas en effet seulement de présenter le tableau de la littérature, mais aussi celui de la société et des moeurs romaines; or, à ce point de vue, Hortensius est beaucoup plus instructif que Cicéron. La vie privée de Cicéron fut simple, noble et relativement modeste. Il n'en fut pas ainsi d'Hortensius. Possesseur d'immenses richesses acquises par ses travaux et ses victoires d'orateur, Hortensius les dépensait avec autant de facilité qu'il les avait amassées. Il donna le premier, ou du moins plus qu'aucun autre avant lui, l'exemple de ces folles prodigalités, de ces fantaisies qui ne se pouvaient satisfaire qu'avec les dépouilles de l'univers. Par son luxe donc, par sa mollesse, par les caprices de ses magnificences, Hortensius est moins près de la république que de l'empire. Que dis-je? A y bien regarder, cette existence fastueuse d'Hortensius n'aura que plus tard son véritable sens et sa moralité; c'est Tibère qui prononcera sur Hortensius le dernier mot.

Hortensius naquit en 113 avant J.C., d'une famille

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