Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

DE LA VIE

ET DU RÈGNE

DE TIBÈRE.

Tibère (Claudius Nero), empereur romain, naquit à Rome, le 16 novembre de l'an 34 avant notre ère, de Tiberius Nero, grand pontife, et de Livia, fille de Drusus Claudianus. Tous deux descendaient également de l'illustre famille des Appius. Dans les troubles qui suivirent la mort de César, Tiberius Nero, longtemps attaché à la fortune du dictateur, courut de grands périls. Réfugiée dans divers lieux de l'Italie, sa femme manqua deux fois d'être décelée par les cris de son fils au berceau. Étant passée en Grèce, elle se retira quelque temps à Lacédémone; et Tibère, enfant, fut confié à la foi publique des descendants de Léonidas.

Emmené, de nuit, hors de cette ville, il faillit périr en traversant une forêt où le feu avait pris, et d'où sa mère n'échappa que les vêtements et les cheveux à demi brûlés. Cette périlleuse destinée fut bientot fixée : Livie, de retour à Rome, plut aux regards

ÉTUDES DE LITT.

[ocr errors]

du triumvir Octave, déjà tout-puissant. Elle était alors enceinte ; mais ce ne fut point un obstacle. Son mari la fiança lui-même au nouveau maître de Rome. Tibère fut élevé avec soin dans la famille impériale. A l'âge de neuf ans, il prononça , du haut de la tribune, l'éloge de son père, qui venait de mourir. Quelque singulier que nous paraisse ce fait, d'autres exemples le rendent vraisemblable ; et il s'explique par l'éducation hâtive que recevaient les jeunes Romains d'une illustre naissance.

1 Les vices du jeune Tibère ne furent pas moins prématurés que son esprit. Un Grec savant, qui lui servait de précepteur, avait coutume de dire de lui que c'était de la boue détrempée avec du sang. Sous ce maître habile et si clairvoyant, Tibère apprit la langue grecque et s'exerça soigneusement à l'éloquence latine. Ses essais étaient marqués par une imitation du vieux langage et un goût d'expressions antiques dont Auguste se moquait.

Ce prince lui montrait d'ailleurs une affection paternelle, soit par faiblesse pour Livie, soit pour relever, aux yeux du peuple, tout ce qui était allié à la maison des Césars. Dans le triomphe célébré pour la victoire d'Actium, Tibère parut à cheval, à côté du char d’Auguste. Il présida aux jeux qui suivirent le triomphe; et dans les jeux troyens donnés par Auguste, il commandait les plus âgés des jeunes combattants. Lorsqu'il eut pris la robe virile, il donna deux fois des spectacles de gladiateurs, toujours avec une grande magnificence, et par la libéralité d'Auguste.

Il avait épousé Agrippine, petite-fille de Pomponius Atticus, l'ami de Cicéron; mais quoiqu'il l'aimat

et qu'il en eût un fils, il la répudia dans la suite, pour s'attacher de plus près à la maison des Césars, en épousant Julie, fille d'Auguste. Tibère était dès lors un des appuis du pouvoir impérial. Dès l'âge de dix-neuf ans, Auguste l'avait nommé questeur; et il s'occupa de l'intendance des vivres avec beaucoup d'habileté. En même temps, suivant le système de l'éducation romaine, il s'exerçait à plaider. Il défendit au tribunal de l'empereur, dans des causes diverses, le roi Archélaüs, les Tralliens et les Thessaliens; il porta la parole dans le sénat, en faveur de quelques villes d'Asie qui avaient été affligées par un tremblement de terre; enfin, ce qui paraît un augure plus remarquable, il remplit le rôle d'accusateur, et fit condamner, pour crime de lèse-majesté, Fannius Cépio, prévenu d'avoir conspiré contre l'empereur.

Il aurait voulu dès lors communiquer au gouvernement d'Auguste quelque chose de soupçonneux et de tyrannique, dont la froide modération de ce prince crut n'avoir pas besoin. Il s'irritait de la liberté de quelques écrits contre Auguste, qui circulaient impunément dans Rome. L'empereur, en réponse aux plaintes amères que Tibère faisait de cette indulgence, lui disait, dans une lettre citée par Suétone : « Ne croyez pas là - dessus, mon cher Tibère, l'emportement de votre âge; et ne vous fàchez pas trop si quelqu’un dit du mal de moi; c'est assez que personne ne puisse m'en faire. »

Les travaux militaires devaient se mêler à cet apprentissage de la vie civile et sénatoriale. Tibère y était disposé par la vigueur de son tempérament et son activité. Il fit d'abord, comme tribun militaire, la

guerre des Cantabres, rude et ancienne école de la jeunesse romaine. Tibère avait le courage, mais non la tempérance des anciens généraux. Il était adonné aux excès du vin; et les soldats, pour s'en moquer, parodiaient son nom par celui de Biberius Mero.

Ensuite, il fut envoyé dans l'Orient, subjugua l'Arménie , occupée par un prince que l'on appelait usurpateur, parce qu'il était l'ennemi des Romains; et il rendit le trône à Tigrane, auquel il mit lui-même le diadème sur la tête du haut de son tribunal. Ce fut à lui que le roi des Parthes renvoya les aigles romaines enlevées sur Crassus, hommage à la puissance romaine dont Horace a fait tant de bruit. Ensuite, il gouverna pendant un an la Gaule nommée Chevelue. Il soumit les Rhètes et les Vindéliciens, dans les Alpes, et fit la guerre avec succès dans la Germanie, la Pannonie et la Dalmatie. Il perdit alors son frère Drusus, qu'Auguste avait élevé au consulat, et qui mourut dans cette guerre; il ramena son corps à Rome, en suivant à pied le char funèbre.

Il retourna combattre les Germains, les vainquit, et, pour mieux les assujettir, en transporta quarante mille dans les Gaules, au delà du Rhin. Il entra dans Rome avec les honneurs de l'ovation, mais revêtu des ornements du grand triomphe, privilégé jusque-là sans exemple. Il fut alors créé consul et décoré de la puissance tribunitienne pour cinq ans. Dans cette élévation, il se détermina tout à coup à quitter Rome et les affaires. Ses motifs, mal connus il y a dix-huit siècles, ne seront guère devinés aujourd'hui. Était-ce répugnance pour sa femme Julie, dont les débauches devenaient la fable de Rome, et qui, fille de l'empe

« PreviousContinue »