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V.

HARVARD COLLEGE
June 4, 194

Howard Corning

HÉRODOTE

ET

DE LA MANIÈRE DE LE TRADUIRE

ÉTUDES DE LITT.

HÉRODOTE

ET

DE LA MANIÈRE DE LE TRADUIRE.

Un homme de beaucoup d'esprit, qui savait supérieurement le grec, et qui avait fait de notre langue une étude particulière et curieuse, a traduit avec soin la moitié d'un livre d'Hérodote, et n'a pas réussi : voilà certes un préjugé tout fait et un argument a priori contre toute entreprise pareille. Cependant, si l'entreprise manquée par M. Courier le fut, pour ainsi dire, à dessein ; si l'écrivain ni la langue n'ont failli, mais seulement le système, alors l'exemple n'est plus décisif. Le savant et spirituel helléniste, le Swift de l'érudition et le Lucien du pamphlet politique, avait cela de singulier, parmi les érudits, qu'il connaissait à fond tous les tours et tous les détours de notre langue, qu'il l'avait, pour ainsi dire, apprise par cæur, comme une langue morte, et la savait d'instinct, comme une langue vivante ; mais cette connaissance profonde, et si rare de nos jours, lui avait donné le goût du vieux langage, des formes surannées, des idiotismes. Comme ces tours anciens ont quelque chose de naïf, il avait pensé que l'emploi en paraîtrait toujours naturel, et il écrivait artificiellement avec des paroles simples, négligées, à la vieille française.

Quelque chose manquait à ce naturel, puisqu'il n'était pas involontaire : l'auteur, qui avait trop d'esprit pour ne pas se douter de cela, crut avec raison qu'il pourrait bien user de ce vieux langage appris, de celte langue morte ressuscitée , en l'appliquant à une traduction, Quvre d'imitation et d'industrie. Sur ce plan, il réussit à merveille à restaurer en gothique le Daphnis et Chloé d'Amyot, auquel les lecteurs français étaient déjà faits, et qu'il corrigea, revit, augmenta, rendit plus agréable à lire, plus naif, et, s'il se peut même, plus français. La naïveté de ce joli roman est, comme on le sait, toute d'Amyot, qui a jeté ses tours simples, ses locutions un peu trainantes, mais gracieuses, sur les descriptions arrangées et les subtilités élégantes du romancier grec. Courier acheva cette bonne æuvre, en traduisant du même style le fragment qu'il avait découvert, et en revoyant tout le reste de la version d'Amyot, souvent inexacte, fautive, altérée par des éditeurs. Mais cet heureux travail qu'il avait fait sur la traduction d'un ouvrage, artificiel dans son origine, et, chose unique, rendu naturel par la traduction, il a voulu le tenter, de prime abord, sur le plus naturel des écrivains, sur un écrivain vraiment simple, sur Hérodote.

Il s'est dit que le français de notre temps, et, en remontant plus haut, que le français de cour et d'académie n'était nullement propre, avec ses formules de politesse, sa pompe et sa bienséance, à rendre les

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