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rance, telle que Guillaume Penn l'a professée, a banni pour toujours, du nord de l'Amérique, le fanatisme dont le midi a été l'affreux théâtre. Il en est de même du fanatisme politique; la liberté seule peut le calmer. Après un certain temps, quelques vérités ne seront plus contestées ; et l'on parlera des vieilles institutions comme des anciens systèmes de physique, entièrement effacés par l'évidence des faits.''—Vol. ii. p. 115-118, We can afford to say nothing of the Directory, or of the successes of the national army; but it is impossible to pass quite over the 18th Fructidor (4th September) 1797, when the majority of the Directory sent General Augereau with an armed force to disperse the legislative bodies, and arrest certain of their members. This step Madame de Staël considers as the beginning of that system of military despotism which was afterwards carried so far; and seems seriously to believe, that, if it had not been then adopted, the reign of law might yet have been restored, and the usurpation of Bonaparte prevented. To us it seems infinitely more probable, that the Bourbons would § have been brought back without any conditions-or rather, perhaps, that a civil war, and a scene offar more sanguinary violence would have ensued. She does not dispute that the royalist party was very strong in both the § but seems to think, that an address or declaration by the army would have discomfited them more becomingly than an actual attack. We confess we are not so delicate. Law and order had been sufficiently trodden on already, by the Jacobin clubs and revolutionary tribunals; and the battalions of General Augereau were just as well entitled to domineeras the armed sections and butchering mobs of Paris. There was no longer, in short, any sanctity or principle of civil right acknowledged; and it was time that the force and terror which had substantially reigned for three years, should appear in their native colours. They certainly became somewhat less atrocious when thus openly avowed. We come at last to Bonaparte-a name that will go down to posterity, and of whom it is not yet clear, perhaps, how posterity will judge. The greatest of conquerors, in an age when great conquests appeared no longer possible—the most splendid of usurpers, where usurpation had not been heard of for centuries-who entered in triumph almost all the capitals of Continental Europe; and led, at last, to his bed, the daughter of her proudest sovereign-who set up kings and put them down at his pleasure, and, for sixteen years, defied alike the sword of his foreign enemies and the daggers of his domestic factions ! This is a man on whom future generations must yet sit in judgment. But the evidence by which they are to judge must be transmitted to them by his contemporaries. Madame de Staël has collected a great deal of this evidence; and has reported it, we think, on the whole, in a tone of great impartiality : though not without some indications of personal dislike. Her whole talents seem to be roused and concentrated when she begins to speak of this extraordinary man; and much and ably as his character has been lately dis

cussed, we do think it has never been half so well described as in the volumes before us. We shall venture on a pretty long extract, beginning with the account of their first interview ; for on this, as on most other subjects, Madame de Staël has the unspeakable advantage of writing from her own observation. After mentioning the great popularity he had acquired by his victories in Italy, and the peace by which he had secured them at Campo Formio, she says

" C'est avec ce sentiment, du moins, que je le vis pour la première fois à Paris. Je ne trouvai pas de paroles pour lui répondre, quand il vint à moi me dire qu'il avoit cherché mon père à Coppet, et qu'il regrettoit d'avoir passé en Suisse sans le voir. Mais, lorsque je fus un peu remise du trouble de l'admiration, un sentiment de crainte très-prononcé lui succéda ! Bonaparte alors n'avoit aucune puissance ; on le croyoit même assez menacé par les soupçons ombrageux du directoire ; ainsi, la crainte qu'il inspiroit n'étoit causée que par le singulier effet de sa personne sur presque tous ceux qui l'approchent ! J'avois vu des hommes très-dignes de respect ; j'avois vu aussi des hommes féroces : il n' avoit rien dans l'impression que Bonaparte produisit sur moi, qui pût me rappeler ni les uns ni les autres. J'aperçus assez vite, dans les différentes occasions que j'eus de le rencontrer pendant son séjour à Paris, que son caractère ne pouvoit être défini par les mots dont nous avons coutume de nous servir ; il n'étoit ni bon, ni violent, ni doux, ni cruel, à la façon des individus à nous connus. Un tel être n'avant point de pareil, ne pouvoit ni ressentir, ni faire éprouver aucune sympathie, C'étoit plus ou moins qu'un homme ! .. Sa tournure, son esprit, son langage sont empreints d'une nature étrangère-avantage de plus pour subjuguer les François, ainsi que nous l'avons dit ailleurs. " Loin de me rassurer en voyant Bonaparte plus souvent, il m'intimidoit toujours davantage ! Je sentois confusément qu'aucune émotion de cœur ne pouvoit agir sur lui. Il regarde une créature humaine comme un fait ou comme une chose, mais non comme un semblable. Il ne hait pas plus qu'il n'aime. Il n'y a que lui pour lui ; tout le reste des créatures sont des chiffres. La force de sa volonté consiste dans l'imperturbable calcul de son égoïsme ; c'est un habile joueur d'échecs, dont le genre humain est la partie adverse qu'il se propose de faire échec et mat. Ses succès tiennent autant aux qualités que lui manquent, qu'aux talens qu'il ossède. Ni la pitié, ni l'attrait, ni la religion, ni 'attachement à une idée quelconque ne sauroient le détourner de sa direction principale. Il est pour son intérêt, ce que le juste doit être pour la vertu : si le but étoit bon, sa persévérance seroit belle. " Chaque fois que je l'entendois parler, j'étois frappée † sa supériorité. Elle n'avoit pourtant aucun rapport avec celle des hommes instruits et cultivés par l'étude ou la société, tels que l'Angleterre et la France peuvent en offrir des exemples. Mais ses discours indiquoient le tact des circonstances, comme le chasseur a celui de sa proie. Quelquefois il racontoit les faits politiques et militaires de sa vie d'une façon très-intéressante ; il avoit même, dans les récits qui permettoient de la aieté. un peu de l'imagination italienne. Cepen† rien ne pouvoit triompher de mon invincible éloignement pour ce que j'apercevois en lui. Je sentois dans son âme une épée froide et tranchante qui glaçoit en blessant ! Je sentois dans son esprit une ironie profonde à laquelle rien de grand ni de beau, pas même sa propre gloire, ne pouvoit échapper : Car il méprisoit la nation dont il vouloit les suffrages, et nulle étincelle d'enthousiasme ne se mêloit à son besoin d'étonner l'espèce humaine. " Ce fut dans l'intervalle entre le retour de Bonaarte et son départ pour l'Egypte, c'est-à-dire, vers a fin de l797, que je le vis plusieurs fois à Paris ; et jamais la difficulté de respirer que j'éprouvois en sa présence ne put se dissiper. , J'étois un jour à table entre lui et l'abbé Sieyes : singuhère situation, si j'avois pu prévoir l'avenir ! examinois avec attention la figure de Bonaparte ; mais chaque fois qu'il découvroit en moi des regards observateurs, il avoit l'art d'ôter à ses yeux toute expression, comme s'ils fussent devenus de marbre. Son visage étoit alors immobile ; excepté un sourire vague qu'il plaçoit sur ses lèvres à tout hasard, pour dérouter uiconque voudroit observer les signes extérieurs e sa pensée. " Sa figure, alors maigre et pâle, étoit assez éabie ; depuis, il est engraissé, ce qui lui va très-mal : car on a besoin de croire un tel homme tourmenté par son caractère, pour tolérer un peu ue ce caractère fasse tellement souffrir les autres. omme sa stature est petite, et cependant sa taille fort longue, il étoit beaucoup mieux à cheval qu'à pied; en tout, c'est la guerre, et seulement la guerre qui lui sied. Sa manière d'être dans la société est gênée sans timidité. Il a quelque chose de dédaigneux quand il se contient, et de vulgaire, quand il se met à l'aise. Le dédain lui va mieux-aussi ne s'en fait-il pas faute. " Par une vocation naturelle pour l'état de prince, il adressoit déjà des questions insignifiantes à tous ceux qu'on lui présentoit. Etes-vous marié ? demandoit-il à l'un des convives. Combien avezvous d'enfans ? disoit-il à l'autre. Depuis quand êtes-vous arrivé ? Quand partez-vous ? Et autres interrogations de ce genre, qui établissent la supériorité de celui qui les fait sur celui qui veut bien se laisser questionner ainsi. " Je l'ai vu un jour s'approcher d'une Françoise très-connue par sa beauté, son esprit et la vivacité de ses opinions; il se plaça tout droit devant elle comme le plus roide des généraux allemands, et lui dit : " Madame, je n'aime pas que les femmes se mêlent de politique.'—" Vous avez raison, général,' lui répondit-elle : " mais dans un pays on leur coupe la tête, il est naturel qu'elles aient envie de savoir pourquoi.' Bonaparte alors ne répliqua rien. est un homme que la résistance véritable apaise : ceux qui ont souffert son despotisme, doivent en être autant accusés que lui-même.'' ol. ii. pp. 198-204.

The following little anecdote is every way characteristic.

" Un soir il parloit avec Barras de son ascendant sur les peuples italiens, qui avoient voulu le faire duc de Milan et roi d'Italie. ' Mais je ne pense,' dit-il, * à rien de semblable dans aucun pays.'* Vous faites bien de n'y pas songer en France,' répondit Barras ; " car, si le directoire vous envoyoit demain au Temple, il n'y auroit pas quatre personnes qui s'y opposassent. Bonaparte étoit assis sur un canapé à côté de Barras : á ces paroles il s'élança vers la cheminée, n'étant pas maître de son irritation ; puis, reprenant cette espèce de calme apparent dont les hommes les plus passionés parmi les habitans du Midi sont capables, il déclara qu'il vouloit être chargé d'une expédition militaire. Le directoire lui proposa la descente en Angleterre ; il alla visiter les côtes; et reconnoissant bientôt que cette expédition étoit insensée, il revint décidé à tenter la conquête de l'Egypte.''

Vol. ii. pp. 207, 208.

We must add a few miscellaneous passages, to develope a little farther this extraordinary character. Madame de Staél had a long conversation with him on the state of Switzerland, in which he seemed quite insensible to amy feelings of generosity.

** Cette conversation,'' however, she adds, " me fit cependant concevoir l'agrément qu'on peut lui trouver quand il prend l'air bonhomme, et parle comme d'une chose simple de lui-même et de ses projets. Cet art, le plus redoutable de tous, a

captivé beaucoup de gens. _A cette même époque, je revis encore quelquefois Bonaparte en société, et il me parut toujours profondément occupé des raports qu'il vouloit établir entre lui et les autres § les tenant à distance ou les rapprochant de lui, suivant qu'il croyoit se les attacher plus sûrement. Quand il se trouvoit avec les directeurs surtout, il craignoit d'avoir l'air d'un général sous les ordres de son gouvernement, et il essayoit tour à tour dans ses manières, avec cette sorte de supérieurs, la dignité ou la familiarité; mais il manquoit le ton vrai # l'une et de l'autre. C'est un homme qui ne sauroit être naturel que dans le commandement.''-Vol. ii. pp. 211, 212.

The following remark relates rather to the French nation than their ruler. We quote it for its exquisite truth rather than its severity.

" Sa conversation avec le Mufti dans la pyramide de Chéops devoit enchanter les Parisiens ; parce qu'elle réunissoit les deux choses qui les captivent : un certain genre de grandeur, et de la moquerie tout ensemble. Les François sont bien aises d'être émus, et de rire de ce qu'ils sont émus ! Le charlatanisme leur plaît, et ils aident volontiers à se tromper eux-mêmes ; pourvu qu'il leur soit permis, tout en se conduisant comme des dupes, de montrer par quelques bon mots que pourtant ils ne le sont pas.''-Vol. ii.p. 228.

On his return from Egypt it was understood by every body that he was to subvert the existing constitution. But he passed five weeks at Paris in a quiet and apparently undecided way-and, with all this †"$† acted his part but badly after all. Nothing can be more curious than the following passage. When he had at last determined to put down the Directory,—

" Le 19 brumaire, il arriva dans le conseil des cinq cents, les bras croisés, avec un air très-sombre, et suivi de deux grands grenadiers qui protégeoient sa petite stature. .. Les députés appelés jacobins oussèrent des hurlemens en le voyant entrer dans † salle : son frère Lucien, bien heureusement pour lui, étoit alors président; il agitoit en vain la sonnette pour rétablir l'ordre ; les cris de traître et d'usurpateur se faisoient entendre de toutes parts ; et l'un des députés, compatriote de Bonaparte, le corse Aréna, s'approcha de ce général et le secoua fortement par le collet de son habit. On a supposé, mais sans fondement, qu'il avoit un poignard pour le tuer. Son action cependant effraya Bonaparte ; et il dit aux grenadiers qui étoient à côté de † Po laissant tomber sa tête sur l'épaule de l'un d'eux : " Tirez-moi d'ici !' Les grenadiers l'enlevèrent du milieu des députés qui l'entouroient : ils le portèrent hors de la salle en plein air; et, dès qu'il y fut, sa présence d'esprit lui revint. Il monta à cheval à l'instant même ; et, parcourant les rangs de ses renadiers, il les détermina bientôt à ce qu'il vouoit d'eux. Dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, on a remarqué que Bonaparte pouvoit se troubler quand un autre danger que celui de la guerre étoit en , face de lui; et quelques personnes en ont conclu bien ridiculement qu'il manquoit de courage. Certes on ne peut nier son audace ; mais, comme il n'est rien, pas même brave, d'une façon généreuse, il s'ensuit qu'il ne s'expose jamais que quand cela peut être utile. Il seroit très-fâché d'être tué, parce que c'est un revers, et qu'il veut en tout du succès. .. Il en seroit aussi fâché, parce que la mort déplaît à son imagination : M is il n'hésite pas à hasarder sa vie, lorsque, suivant sa manière de voir, la partie vaut le risque de l'enjeu, s'il est permis de s'exprimer ainsi.''-Vol. ii. pp. 240-242.

Although he failed thus strangely in the theatrical pait of the # the substantial part was effectually done. He sent in a column of grenadiers with fixed bayonets at one end of the hall of the great council, and made them advance steadily to the other ; driving the unhappy senators, in their fine classical draperies, § them, and forcing them to leap out of the windows, and scamr through the gardens in these strange abiliments! Colonel Pride's purge itself was not half so rough in its operation. There was now an end, not only of liberty, but of republican tyranny; and the empire of the sword in the hand of one man, was substantially established. It is melancholy to think, but history shows it to be true, that the most abject servitude is usually established at the close of a long, and even generous struggle for freedom ; partly, no doubt, because despotism offers an image of repose to those who are worn out with contention, but chiefly because that military force to which all parties had in their extremity appealed, naturally lends itself to the bad ambition of a fortunate commander. This it was which made the fortune of Bonaparte. His answer to all remonstrances was-*Voulez-vous que je vous livre aux Jacobins ?o But his true answer was, that the army was at his devotion, and that he defied the opinion of the nation. He began by setting up the Consulate : But from the very first, says Madame de Staél, assumed the airs and the tone of royalty. " Il prit les Tuileries pour sa demeure; et ce fut un coup de partie que le choix de cette habitation. On avoit vu là le roi de France ; les habitudes monarchiques y étoient encore présentes à tous les yeux, et il suffisoit, pour ainsi dire, de laisser faire les murs pour tout rétablir. Vers les derniers jours du dernier siècle, je vis entrer le premier consul dans ce palais bâti par les rois; et quoique Bonaparte fût bien loin encore de la magnificence qu'il a développée depuis, l'on voyoit déjà dans tout ce qui l'entouroit un empressement de se faire courtisan à l'orientale, qui dut lui persuader que gouverner la terre étoit chose bien facile. Quand sa voiture fut arrivée dans la cour des Tuileries, ses valets ouvrirent la portière et précipitèrent le marchepied avec une violence qui sembloit dire que les choses physiques elles-mêmes étoient insolentes quand elles retardoient un instant la marche de leur maître ! Lui ne regardoit ni ne remercioit personne; comme s'il avoit craint qu'on pût le croire sensible aux hommages même qu'il exigeoit. En montant l'escalier au milieu de la foule qui se pressoit pour le suivre, ses yeux ne se portoient ni sur aucun objet, ni sur aucune personne en particulier. Il y avoit quelque chose de vague et d'insouciant dans sa physionomie, et ses regards n'exprimoient que ce qu'il lui convient toujours de montrer,-l'indifférence pour le sort, et le dédain pour les hommes.'' Vol. ii. pp. 258, 259. He had some reason, indeed, to despise men, from the specimens he had mostly about him : For his adherents were chiefly deserters from the royalist or the republican party ; —the first willing to transfer † servility to a new dynasty,—the latter to take the names and emoluments of republican offices from the hand of a plebeian usurper: For a while he thought it prudent to dissemble with each ; and, with that utter contempt of truth which belonged to his scorn of mankind, held, in the same day, the most edifying discourses of

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citizenship and equality to one set of hearers, and of the rights of sovereigns to another. He extended the same unprincipled dissimulation to the subject of religion. To the prelates with whom he arranged his celebrated Concordat, he spoke in the most serious manner of the truth and the awfulness of the Gospel; and to Cabanis and the philosophers, he said, the same evening-oSavezvous ce que c'est la Concordat ? C'est la Vaccine de la Religion-dans cinquante ans il n'y aura plus en France !'' , He resolved, however, to profit by it while it lasted; and had the blasphemous audacity to put this, among other things, into the national catechism, approved of by the whole Gallican church :-* Qu. Que doit-on penser de ceux qui manqueroient à leur devoir envers l'Empereur Napoléon ? Réponse. Qu'ils resisteroient à l'ordre établi de Dieu lui-même—et se rendroient dignes de la damnation éternelle!o

With the actual tyranny of the swordbegan the more pitiful persecution of the slavish journals-the wanton and merciless infliction of exile on women and men of letters-and the perpetual, restless, insatiable interference in the whole life and conversation of every one of the slightest note or importance. The following passages are written, perhaps, with more bitterness than any other in the book ; but they appear to us to be substantially just.

" Bonaparte, lorsqu'il disposoit d'un million d'hommes armés, n'en attachoit pas moins d'importance à l'art de guider l'esprit public par les gazettes; il dictoit souvent lui-même des articles de journaux qu'on pouvoit reconnoître aux saccades violentes du style. On voyoit qu'il auroit voulu mettre dans ce qu'il écrivoit, des coups au lieu de mots ! Il a dans tout son être un fond de vulgarité que le gigantesque de son ambition même ne sauroit toujours cacher. Ce n'est pas qu'il ne sache trèsbien, un jour donné, se montrer avec beaucoup de convenance ; mais il n'est à son aise que dans le mépris pour les autres, et, dès-qu'il peut y rentrer, il s'y complait. Toutefois ce n'étoit pas uniquement par goût qu'il se livroit à faire servir, dans ses notes du Moniteur, le cynisme de la révolution au maintien de sa puissance. Il ne permettoit qu'à lui d'être jacobin en France.-Vol. ii. p. 264.

" Je fus la première femme que Bonaparte exila ; Mais bientôt après il en bannit un grand nombre, d'opinions opposées. D'où venoit ce luxe en fait de méchanceté, si ce n'est d'une sorte de haine contre tous les êtres indépendans ? Et comme les femmes, d'une part, ne pouvoient servir en rien ses desseins politiques, et que, de l'autre, elles étoient moins accessibles que † hommes aux craintes et aux espérances dont le pouvoir est dispensateur, elles lui donnoient de l'humeur comme des rebelles, et il se plaisoit à leur dire des choses blessantes et vulgaires. Il haïssoit autant l'esprit de chevalerie qu'il recherchoit l'étiquette : c'étoit faire un mauvais choix parmi les anciennes mœurs. Il lui restoit aussi de ses premières habitudes pendant la révolution. une certaine antipathie jacobine contre la société brillante de Paris ; sur laquelle les femmes exerçoient beaucoup d'ascendant. Il redoutoit en elles l'art de la plaisanterie, qui, l'on doit en convenir, appartient particulièrement aux Françoises. Si Bonaparte avoit voulu s'en tenir au superbe rôle de grand général et de premier magistrat de la république, il auroit plané de toute la hauteur du génie au-dessus des petits traits acérés de l'esprit de salon. Mais quand il avoit le dessein de se faire un roi parvenu, un bourgeois gentilhomme sur le trône, il s'exposoit précisément à la moquerie du bon ton, et il ne pou voit la comprimer, comme il '» fait, que par l'eepionnge et la (erreur."

Vol. ii. pp. 306, 307.

The thin mask of the Consulate wag soon thrown off—and the Emperor appeared in his proper habits. The following remarks, though not all applicable to the same period, appear to us to be admirable.

"Bonaparte avoit lu l'histoire d'une manière contef. Peu accoutumé à l'étude, il se rendoil beaucoup moins compte de ce qu'il avoit appris dsn» I« livres, que de ce qu'il avoit recueilli par l'objerraiion des hommes. Il n'en étoit pas moins resté dans sa tête un certain respect pour Attila et pour Charlemagne, pour les lois féodales et pour le despotisme de l'Orient, qu'il appliquoit à tort et à travers, ne se trompant jamais, toutefois, sur ce qui servoit instantanément à son pouvoir; mais du re.ve, citant, blâmant, louant et raisonnant comme le !i isard le conduisoit. Il parloit ainsi des heures entières avec d'autant plus d'avantage, que perMime ne l'interrompoit, si ce n'est par les applaudissemens involontaires qui échappent toujours dîna Лег occasions semblables. Une chose singulière, c'est que, dans la conversation, plusieurs officiers Bonapartistes ont emprunté de leur chef cet héroïque galimatias, qui véritablement ne signifie rien qu' a la tête de huit cent mille hommes?' Vol. ii. pp. 332, 333.

"II fît occuper la plupart des charges de sa maiton par des Nobles de l'ancien régime ; il aimoit lej flatteries de« courtisans d'aulretois, parce qu'ils s'eniendoient mieux à cet art que les hommes nouveaux, même les plus empressés. Chaque fois qu'un gentilhomme de l'ancienne cour rappeloil Г enqueue du tempe jadis, proposoit une révérence ce plus, une certaine façon de frapper à la porte de quelque anti-chambre, une manière plus cérénwrueuse de présenter une dépêche, de plier une leNo, de la terminer par telle ou telle formule, il étuü accueilli comme s'il avoit fait faire des progrès au bonheur de l'espèce humaine! Le code de 1 étiquette impériale est le document le plus remarquable de la bassesse à laquelle on peut réduire 1 espèce humaine."—Vol. ii. pp. 334, 335.

"Quand il y avoit quatre cents personnes dans son ulun, un aveugle auroit pu s'y croire seul, tant le silence qu'on pbservoit étoit profond! Les maréchaux de France, au milieu des fatigues de la ркгге, au moment de la crise d'une bataille, entroicnt dans la tente de l'empereur pour lui demander ses ordres,—et il ne leur étoit pas permis de s'y asseoir! За famille ne souffroit pas moins '. .• les étrangers de son despotisme et de sa hauUur. Lucien a mieux aimé vivre prisonnier^en Angleterre que régner sous les ordres de son frère. Louis Bonaparte, dont le caractère est généralement estimé, se vit constraint par sa probité même, » renoncer à U couronne de Hollande; et, le croiroit.onl quand il causoit avec son frère pendant deux heures tète-à-icte, forcé par sa mauvaise santé de s'appuyer péniblement contre la muraille, Napoléon ne lui oflroit pas une chaise! il demeurou loi-même debout, de crainte que quelqu'un n'eût l'idée de se familiariser assez avec lui, pour s'asseoir Hi n présence.

, "Le peur qu'il causoit dans les derniers temps étoit telle, que personne ne lui adressoit le premier 1» parole sur rien. Quelquefois il s'entretenoit tvec la plus grande simplicité au milieu de sa cour, et dans son conseil d'état. Il sourTrnit la conlrafeijn. il y encourageoit même, quand il s'agissoit &•• 'l'ie.stioni administratives ou judiciaires sans relation avec son pouvoir. 11 falloil voir alors l'allendnewment de ceux auxquels il nvuit rendu pour un moment la respiration libre ; mais, quand le maître reparoissoit, on demandoit en vnin aux ministres do présenter un nippon à l'empereur contre une nieMu« injuste.—li aimoit moins les louanges vraies

que les flatteries serviles : parce que, dans les unes, on n'auroit vu que son mérite, tandis que les autres attesloient son autorité. En général, il a préféré la puissance à la gloire; car l'action de la force lui plaisoit trop pour qu'il s'occupa de la postérité, sur laquelle on ne peut l'exercer."

Vol. ii. pp. 399—401.

There are some fine remarks on the baseness of those who solicited employment and favours under Bonaparte, and have since joined the party of the Ultras, and treated the whole Revolution as an atrocious rebellion— and a very clear and masterly view of the policy by which that great commander subdued the greater part of Continental Europe. Bat we can afford no room now for any further account of them. As a general, she says, he was prodigal of the lires of his soldiers— haughty and domineering to his officers—and utterly regardless of the miseries he inflicted on the countries which were the scenes of his operations. The following anecdote is curious—and to us original.

"On l'a vu dans la guerre d'Autriche, en 1809, quitter l'île de Lobau, quand i! jugeoit la bataille perdue. Il traversa le Danube, peul avec M. de Czernitchef, l'un des intrépides aides de camp de l'empereur de Russie, et le maréchal Berthier. L'empereur leur dit assez tranquillement qu'âpre« avoir gagné quarante batailles, il n'était pas extraordinaire d'en perdre une; et lorsqu'il fut arrivé de l'autre côté du fleuve, il se coucha et dorait

á'usqu'au lendemain matin .' sans s'informer du^sort e l'armée françoise, que ses généraux sauvèrent pendant son sommeil."—Vol. ii. p. 358.

Madame de Staël mentions several other instances of this faculty of sleeping in moments of great apparent anxiety. The most remarkable is, that he fell fast asleep before taking the field in 1814, while endeavouring to persuade one of his ministers that he had no chance of success in the approaching campaign; but must inevitably be ruined!

She has extracted from the Moniteur of July 1810. a very singular proof of the audacity with which he very early proclaimed his own selfish and ambitious views. It is a public letter addressed by him to his nephew, the young Duke of Berg, in which he says, in so many words. "N'oubliez jamais, que vos premiers devoirs sont envers Moi—vos seconds envers la France—ceux envers les peuples que je pourrais vous confier, ne viennent qu'après." This was at least candid—and in his disdain for mankind, a sort of audacious candour was sometimes alternated with his duplicity.

"Un principe general, quel qu'il fût, déplaisoit à Bonaparte; comme une niaiserie, ou comme un ennemi. Il n'étoit point sanguinaire, mais indifférent à la vie des hommes. 11 ne la considéroit que comme un moyen d'arriver à son but, ou comme un obstacle à écarter de sa route. Il n'i'toit pas même aussi colère qu'il a souvent paru l'être: il vouloit effrayer avec ses paroles, afin de s'épargner le fait par la menace. Tout étoit chez lui moyen ou but; l'involontaire no se trouvoit nulle part, ni dans le bien, ni dans le mal. On prétend qu'il a dit: J'ai tant dp conscrits à drpenser par an. Ce propos est vraisemblable ; car Bonaparte a souvent assez méprisé ses auditeurs pour se complaire dans un genre de sincérité qui n'est que de l'impudencu. —Jamais il n'a cru aux sentimens exaltés, soit dans ]e> individus, soil dañe les nations; il a pris Г expression de ces gentimens pour de l'hypocrisie."— Vol. ii. pp. 391.392

Bonaparte, Madame de Staël thinks, had no alternative but to give the French nation a free constitution; or to occupy them in war, aûd to dazzle them with military glory. He had not magnanimity to do the one, and he finally overdid the latter. His first great error was the war with Spain; his last, the campaign in Russia. All that followed was put upon him, and could not be avoided. She rather admires his rejection of the terms offered at Chatillon; and is moved with his farewell to his legions and their eagles at Fontainebleau. She feels like a Frenchwoman on the occupation of Paris by foreign conquerors; but gives the Emperor Alexander full credit, both for the magnanimity of hie conduct as a conqueror, and the generosity of his sentiments on the subject of French liberty and independence. She is quite satisfied with the declaration made by the King at St. Ouen, and even with the charter that followed—though she allows that many further provisions were necessary to consolidate the constitution. All this part of the book is written with great temperance and reconciling wisdom. Sbe laughs at the doctrine of legitimacy, as it is now maintained; but gives excellent reasons for preferring an ancient line of princes, and a fixed order of succession. Of the Ultras, or unconstitutional royalists, as she call» them, she speaks with a sort of mixed anger and pity; although an unrepressed scorn takes the place of both, when she has occasion to mention those members of the party who were the abject flatterers of Bonaparte during the period of his power, and nave but transferred, to the new occupant of the throne, the servility to which they had been trained under its late possessor.

"Muís ceux dont on avoit le plus de peine à contenir l'indignaiion vertueuse contre le paru de l'usurpateur, c'c;oiem les nobles ou leurs adhcrens, qui avoient demandé des places à ce mime usurpateur pendant sa puissance, et qui s'en étnient séparés bien nettement le jour de sn chute. L'enthousiasme pour la légitimité de tel chambellan de Madame mère, ou de telle dame d'atour de Madame sœur, ne connoisioit point de bornes; et certes, nous autres que Bonaparte avoit proscrits pendant tout le cours de son règne, nous nous examinions pour savoir si nous n'avions pas été ees favoris, quand une certaine délicatesse d'âme nous oblizenit à le défendre contre les invectives de ceux qu'il avoit comblés de bienfaits."—Vol. iii. p. 107.

Our Charles II. was recalled to the throne of his anci"=!nrs by the voice of his people: and yet lhat throne was shaken, and, within twenty-five years, overturned by the arbitrary conduct of the restored sovereigns. Louis XVIII. was not recalled by his people, but brought in and set up by foreign conquerors. It must therefore be still more necessary for him to guard against arbitrary measures, and to take all possible steps to secure the attachment of that people whose hostility had so lately proved fatal. If he like domestic ex

amples better, he has that of his own Henri IV. before him. That great and po¡rilar prince at last found it necessary to adopt ¡he religious creed of the great majority oí Lj people. In the present day, it is at lea*! 0? necessary for a less popular monarch to stcijy and adopt their political one. Some of tim.-e about him. we have heard, rather recommc: ) the example of Ferdinand VII.! But ever. :he Ultras, we think, cannot really finget thai Ferdinand, instead of having been restored by a foreign force, was dethroned by one; that there had been no popular iiisurreclio:., and no struggle for liberty in Spain ; and iha:. besides the army, he had the priesthood on his side, which, in that country, is as omnipotent, as in France it is insignificant ari powerless, for any political purposes. We cannot now follow Madame de Staël mío the profound and instructive criticism she matt-« on the management of affairs during Нотаparte's stay at Elba;—though much of it :t applicable to a later period—and though we do not remember to have met any where with so much truth told in so gentle a manner.

Madame de Staël confirms what we believe all well-informed persons now admit, thai !ci months before the return of Bonaparte. tit attempt was expected, and in some measure prepared for—by all but the court, and ih? royalists by whom it was surrounded. Whc:.' the news of his landing was received, they were still too foolish to be alarmed ; and, « hen the friends of liberty said to each other, wiii bitter regret, "There is an end of our liberty if he should succeed—and of our national independence if he should fail,"—the worthy Ultras went about, saying, it was the luck» :•! thing in the world, for they should now tel properly rid of him; and the King would :.o longer be vexed with the fear of a pretender! Madame de Staël treats with derision the ¡¿f a of Bonaparte being sincere in his profisw of regard to liberty, or his resolution to adhere to the constitution proposed to him after his return. She even maintains, that it was absurd to propose a free constitution at fuoh a crisis. If the nation and the arm v abandon«! the Bourbons, nothing remained for the r а!к п but to invest the master of that army with the dictatorship; and to rise en masse, till their borders were freed from the invader? Thai Ihey did not do so, only proves that they ha J become indifferent about the country, or thai Ihey were in their hearts hostile to Bonaparii Nothing, she assures us. but the conscious:?.*•• of this, could have made him submit to concession's so alien to his whole character ш babils—and the world, says Madame de N;»;so understood him. "Quand il a prononcé 1>* mots de Loi et Liberté. l'Europe s'est ras.<uriv: Elle a senti que ce n'ctoit plus son ancien el terrible adversaire."

She pasees a magnificent епсогшшп on IM military genius and exalted character of cc Wellington; bnt says he could not have conquered as he did, if the French had been W by one who could rally round him the affections of the people as well as he cmiM Л'г'^ their soldiers. She maintains, that after u*

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