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ODE XXXIII.

AU POETE TIBULLE.

Caer Tibulle, calmez l'excès de vos douleurs,
Oubliez la fierté de l'ingrate Glycère;
N'allez point dans vos vers soupirer vos malheurs,
S'il est un jeune amant que son cour vous préfère.

La charmante Chloé brûle pour Calaïs,
Calaïs pour Lidé ne fut point invincible;
Mais les loups ravisseurs s'uniront aux brebis,
Avant qu'un tel amant rende Lidé sensible.

Ainsi Vénus se fait un barbare plaisir
D'unir sans choix des cours malheureux l'un par l'autre,
Et sous son joug d'airain elle veut asservir
Au cour le plus volage un cour tel que

le vôtre.

Moi-même, quand Doris m'offrait un sort heureux,
Je restai dans les fers de l'ingrate Myrtile,
Plus rebelle cent fois

que

les flots écumeux Qui creusent, en grondant, les bords de la Sicile.

ODE XXXIV.

DE COLENDIS DEIS.

PARCUS

ARCUS Deorum cultor, et infrequens, Insanientis dum sapientiæ Consultus erro; nunc retrorsùm

Vela dare, atque iterare cursus

Cogor relictos. Namque Diespiter,
Igni corusco nubila dividens
Plerumque, per purum tonantes

Egit equos, volucremque currum:

Quo bruta tellus, et vaga flumina,
Quo Styx, et invisi horrida Tænari
Sedes, Atlanteusque finis

Concutitur. Valet ima summis

Mutare, et insignem attenuat Deus,
Obscura promens;

hinc apicem rapax Fortuna cum stridore acuto

Sustulit, hîc posuisse gaudet.

ODE XXXIV.

SUR L'EXISTENCE DES DIEUX.

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DE

E ces sages trompeurs, dont la voix nous égare, Je n'ai que trop suivi les conseils imprudens; J'offrais aux immortels, d'une main trop avare, Un encens sacrilége, et d'indignes présens.

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Je reviens sur mes pas, il faut changer de route:
Jupiter de la nue a sillonné les flancs;
Et même d'un ciel pur faisant trembler la voûte ,
Il pressait, je l'ai vu, ses coursiers foudroyans.

La masse de la terre et l'empire de l'onde,
Et le Styx, et des morts le séjour odieux,
Tout en est ébranlé jusqu'aux bornes du monde:
Notre destin fragile est dans la main des Dieux,

Le sort peut abaisser une tête insolente,
Illustrer l'homme obscur, ternir un nom fameux,
Et, pour porter ailleurs sa faveur inconstante,
Disperser les débris d'un pouvoir orgueilleux.

ODE XXXV.

AD FORTUNAM.

et

O Diva, gratum quæ regis Antium,
Præsens vel imo tollere de gradu
Mortale corpus, vel superbos

Vertere funeribus triumphos:
Te pauper ambit sollicitâ prece
Ruris colonus; te dominam æquoris,
Quicumque Bithynâ lacessit

Carpathium pelagus carinâ.
Te Dacus asper, te profugi Scythæ,
Urbesque, gentesque, et Latium ferox,
Regumque matres barbarorum,

Purpurei metuunt tyranni,
Injurioso ne pede proruas
Stantem columnam, neu populus frequens
Ad arma cessantes ad arma

Concitet, imperiumque frangat. Te semper anteit sæva Necessitas, Clavos trabales et cuneos manu Gestans aenâ; nec severus

Uncus abest, liquidumque plumbum. Te Spes et albo rara Fides colit Velata panno; nec comitem abnegat, Utcumque mutatâ potentes

Veste domos inimica linquis.

ODE XXXV.

A LA FORTUNE.

Déesse d'Antium, tu peux de la poussière
Élever un mortel au faîte du bonheur,
Tu changes le triomphe en pompe funéraire.
Le
pauvre

à tes autels s'incline avec ferveur; L'avare nautonier, qui des mers de Tyrrhène, Sur un fréle vaisseau, fend le sein écumant,

T'implore comme reine
Du liquide élément.

Tout tremble à ton seul nom, les peuples et les villes,
Le Romain, le barbare, et les mères des rois.
Comme le Scythe errant dans ses déserts stériles,
Le tyran sous la pourpre est soumis à tes lois.
Ils tremblent, ces tyrans, de voir contre le trône
Tous les peuples armés, et que ton pied vengeur

N'ébranle la colonne
De leur fréle grandeur.

Toujours devant tes pas, d'un front inexorable,
Marche le Sort fatal, qui porte dans ses mains
L'airain, le plomb liquide, et le coin formidable,
Armes des durs travaux imposés aux humains.
L'Espérance te suit : la Candeur ingénue
Reste fidèle encor quand, d'un vol inconstant,

De lambeaux revêtue,
Tu sors de chez un grand.

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