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Et n'ose s'éloigner de son jeune trésor.
Que pourrait cependant cette mère débile

Contre l'affreux reptile?
Mais sa crainte, loin d'eux, serait plus vive encor.

Oui, parmi les dangers sur tes pas je m'élance.
Ton amitié, voilà le prix de ma vaillance.
Què m'importent les biens et les riches troupeaux!
Je ne demande point un plus gras pâturage,

Ni que mon héritage
Jusqu'aux murs de Tuscule étende son enclos.

Cher Mécène, déja comblé de tes largesses,
Pourrai-je d'un Chréinès envier les richesses,
Et desirer un or avec peine amasse?
Et pourquoi? pour aller, triste dépositaire,

L'enfouir sous la terre,
Ou pour le dissiper, comme un jeune insensé.

ODE II.

ÉLOGE DE LA VIE CHAMPÊTRE.

HEUREUX

EUREUX qui, de ses mains, comme nos premiers pères, Cultive en paix ses champs, et vit libre d'affaires! Il n'est point éveillé par le clairon guerrier; Il ne connaît Thémis, ni l'avide usurier. Jamais il n'a pâli sur l'onde turbulente, Et fuit sur-tout les grands et leur cour insolente. Tantôt il sait unir par un hymen heureux La vigne faible encore à l'ormeau vigoureux; Tantôt, armé d'un fer, il va, d'une main sage,

Ergo aut adultâ vitium propagine

Altas maritat populos,
Inutilesque falce ramos amputans,

Feliciores inserit;
Aut in reductâ valle mugientium

Prospectat errantes greges,
Aut pressa puris mella condit amphoris,

Aut tondet infirmas oves.
Vel, cùm decorum mitibus pomis caput

Autumnus arvis extulit,
Ut gaudet, insitiva decerpens pyra,

Certantem et uvam purpuræ,
Quâ muneretur te, Priape, et te, pater

Silvane, tutor finium!
Libet jacere modò sub antiquâ ilice,

Modò in tenaci gramine.
Labuntur altis interim ripis aquæ,

Queruntur in silvis aves,
Fontesque lymphis obstrepunt manantibus,

Somnos quod invitet leves.
At cùm tonantis annus hibernus Jovis

Imbres nivesque comparat,
Aut trudit acres hinc et hinc multâ cane

Apros in obstantes plagas;
Aut amite levi rara tendit retia,

Turdis edacibus dolos;
Pavidumque leporem et advenam laqueo gruem,

Jucunda captat præmia.
Quis non malarum, quas Amor curas habet,

Hæc inter obliviscitur?
Quòd si pudica mulier in partem juvet

É monder avec art un stérile branchage,
Et, dirigeant la sève en ses canaux légers,
Marie aux jeunes plants des rameaux étrangers.
Ses yeux dans les vallons suivent l'agneau docile;
Sa main presse un miel pur

dans des vases d'argile,
Ou fait légèrement tomber sous les ciseaux
La toison dont le poids fatiguait ses troupeaux.

Mais, dès qu'en nos vergers la féconde Pomone Lève ce front riant qui de fruits se couronne, O comme avec plaisir, épiant ses poiriers, De leurs riches tributs il saisit les premiers! Dieux protecteurs des champs, qui comblez son attente, Pan, Faune, c'est à vous que sa main les présente.

Souvent au fond des bois, dans l'ardente saison,
Il goûte le repos sur un lit de

gazon;
Tandis qu'à ses côtés un doux ruisseau murmure,
Le chant de Philomèle attendrit la nature,
Et, versant dans son ame une tranquille paix,
Appelle le sommeil sous ces ombrages frais.

Mais l'hiver, ramené par le Dieu du tonnerre,
De neige et de frimas vient-il couvrir la terre?
Tantôt, environné de ses chiens belliqueux,
Il presse dans les bois l'animal furieux;
Tantôt il dresse un piége au tourde trop avide,
Prend au lacet la grue, ou le lièvre timide,
Et d'un plaisir nouveau remplit tous ses momens.
Amour, cruel Amour, ah! dans ces lieux charmans,
Qui n'oublîrait tes traits, et les maux que tu causes

Domum atque dulces liberos,
Sabina qualis aut perusta solibus

Pernicis uxor Appuli,
Sacrum et vetustis exstruat lignis focum

Lassi sub adventum viri; Claudensque textis cratibus lætum pecus,

Distenta siccet ubera;
Et horna dulci vina promens dolio,

Dapes inemptas apparet:
Non me Lucrina juverint conchylia,

Magisve rhombus aut scari,
Si quos Eois intonata fluctibus

Hiems ad hoc vertat mare;
Non Afra avis descendat in ventrem meum,

Non attagen Ionicus
Jucundior, quàm lecta de pinguissimis

Oliva ramis arborum,
Aut herba lapathi prata amantis, et gravi

Malvæ salubres corpori,
Vel agna festis cæsa Terminalibus,

Vel hædus ereptus lupo.
Has inter epulas ut juvat pastas oves
Videre

properantes domum! Videre fessos vomerem inversum boves

Collo trahentes languido; Positosque vernas, ditis examen domùs,

Circum renidentes Lares! Hæc ubi locutus fenerator Alfius,

Jam jam futurus rusticus, Omnem redegit Idibus pecuniam;

Quærit Kalendis ponere.

Mais quoi! tu n'as ici que des chaînes de roses. Quand une chaste épouse, aŭ teint frais et vermeil, Semblable à ces beautés qne brunit le soleil, Prépare à son époux un foyer qui petille, Et l'attend au milieu de sa jeune famille; Quand elle a d'une claie entouré son troupeau, Du tonneau précieux tiré le vin nouveau, Déchargé de son lait la chèvre libérale, Et su parer sans frais une table frugale; Pour un pareil repas je donnerais cent fois Les huîtres du Lucrin, et la table des rois, Qu'on ne me vante plus les oiseaux d'Ionie: Les tributs monstrueux d'une mer en furie Valent-ils l'humble mauve, habitante des champs? Je préfère l'oseille, et ses sucs bienfaisans, L'émeraude qui pend à l'arbre de Minerve, Ou cet agneau qu'aux Dieux la piété réserve, Et qui du loup avide aura trompé l'espoir.

Assis à cette table, ò qu'il est doux de voir Ses chèvres, ses brebis, qui, des monts descendues, Rapportent au bercail leurs mamelles tendues: Le taureau vigoureux, de travail harassé, Dont le cou languissant traîne un soc renversé; Et l'essaim des valets, richesse de leur maître, S'égayant à l'entour de leur foyer champêtre!

Ainsi parlait Septime, usurier diligent;
On eût dit qu'il allait mourir dans son village:
Mais, à la fin du mois, il compta son argent,
Et fit pour la semaine un placement sur gage.

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