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Les bergers, les troupeaux timides,
Cherchent le

repos,

les

gazons,
Du Sylvain les antres sauvages,
Et les silencieux rivages,
Que respectent les aquilons.

Par vos soins Rome est florissante;
Des Massagetes inquiets
Votre activité prévoyante
Dévoile et confond les projets.
Jupiter, aussi bon que sage,
Sous le voile épais

d'un

nuage,
Nous a dérobé l'avenir;
Il rit du mortel téméraire
Qui veut en sonder le mystère :
Le mieux est de savoir jouir.

Voyez-vous ce fleuve tranquille
Qui jusqu'aux mers traîne ses flots?
Bientôt, furieux, indocile,
Emportant bergers et troupeaux,
Il roule les rochers qu'il mine,
Et les arbres qu'il déracine;
Son lit ne peut le contenir;
Des vallons les échos répondent,
Et les ruisseaux eux-mêmes grondent:
C'est l'emblême de l'avenir.

Il est libre et digne d'envie,
Ce
sage,

ami de la vertu,
Qui peut, chaque soir de sa vie,
Dire en lui-même : J'ai vécu.
Qu'un Dieu demain chasse l'orage,
Ou couvre le ciel d'un nuage,

Vel sole puro; non tamen irritum, Quodcumque retro est, efficiet; neque Diffinget, infectumque reddet,

Quod fugiens semel hora vexit.

Fortuna sævo læta negotio, et
Ludum insolentem ludere pertinax,
Transmutat incertos honores,

Nunc mihi, nunc alii benigna,

Laudo manentem; si celeres quatit
Pennas, resigno quæ dedit, et meâ
Virtute me involvo, probamque

Pauperiem sine dote quæro.

.

Non est meum, si mugiat Africis
Malus procellis, ad miseras preces
Decurrere, et votis pacisci,

Ne Cypriæ Tyriæque merces

Addant avaro divitias mari :
Tum me biremis præsidio scaphæ,
Tutum per Ægæos tumultus

Aura feret geminusque Pollux.

Ces Dieux, nos maîtres absolus,
Sur le passé n'ont plus d'empire.
Peuvent-ils changer ou détruire
Ce que vit le jour qui n'est plus?

La fortune, aux ailes légères,
Se plaît dans son caprice vain.
J'obtiens ses faveurs passagères,
Un autre les aura demain.
J'en jouis tant qu'elle est fidèle;
Si je la vois déployer l'aile,
Je lui remets tous ses bienfaits.
Je me revêts de ma constance,
Et trouve, au sein de l'indigence,
La vertu, l'honneur, et la paix.

Que des autans impitoyables Mon navire éprouve les coups, Je n'ai point de cris lamentables Pour fléchir les Dieux en courroux; Je ne leur fais point de promesses Pour qu'ils dérobent mes richesses A l'avare tyran des flots. Dans l'esquif je passe sans peine; Ma rame et les frères d'Hélène Me sauvent des fureurs des eaux.

ODE XXX.

Exegi monumentum ære perennius,
Regalique situ pyramidum altius;
Quod non imber edax, non Aquilo impotens
Possit diruere, aut innumerabilis
Annorum series, et fuga temporum.
Non omnis moriar; multaque pars mei
Vitabit Libitinam. Usque ego posterâ
Crescam laude recens, dum Capitolium
Scandet cum tacitâ virgine Pontifex.
Dicar, quà violens obstrepit Aufidus,
Et quà pauper aquæ Daunus agrestium
Regnavit populorum, ex humili potens,
Princeps Æolium carmen ad Italos
Deduxisse modos. Sume superbiam
Quæsitam meritis, et mihi Delphicâ
Lauro cinge volens, Melpomene, comam.

ODE XXX.

Le noble monument que j'élève à ma gloire
Durera plus long-temps que le marbre et l'airain.
De tous ceux de l'Égypte effaçant la mémoire,
Il bravera l'orage, et les feux de Vulcain,
Du rapide aquilon les fureurs déchaînées,
Le temps même; et pour lui d'innombrables années

S'écouleront en vain.

De moi-même à jamais la plus noble partie
Bravera de Pluton le pouvoir odieux;
Sans mourir tout entier je quitterai la vie:
Mon nom, toujours plus grand, croîtra chez nos neveux,
Tant
que
Rome verra

la vestale en silence Suivre, les yeux baissés, le prêtre qui s'avance

Aux pieds du roi des Dieux.

Sur les bords où Daunus agrandit sa puissance,
Des sources de l'Aufide au rivage des mers,
On dira que, malgré mon obscure naissance,
Le premier, sur le luth, je modulai des vers.
Conçois le noble orgueil que le triomphe inspire,
Et viens ceindre mon front, Déesse de la lyre,

De lauriers toujours verts.

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