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Le bonheur comme les graces.
Mais l'Arcture est dans les airs :
Voyez cette mer sauvage;
Elle engloutit son rivage
Dans ses gouffres entr'ouverts.

J'ai vu les noires tempêtes,
J'ai vu les flots en courroux;
Qu'elles tombent sur les têtes
De nos ennemis jaloux.
Jadis, sur la plaine humide,
Europe au taureau perfide
Osa confier son sort,
Et bientôt, pâle, tremblante,
Ne vit sur l'onde écumante
Que des monstres et la mort.

Naguère dans les campagnes
Sa main choisissait des fleurs
Pour couronner ses compagnes;
Maintenant elle est en pleurs,
Et son cil, qui s'ouvre à peine
A la lumière incertaine
Des étoiles de la nuit,
Ne voit plus dans la nature
Que cette onde qui murmure,
Et ce ciel qui la trahit.

De la Crète florissante Dès qu'elle eut touché les bords, O que sa voix gémissante Exhala de vains transports! « D'où viens-je? où suis-je? ô famille! « O crime! ô doux nom de fille!

« Filiæ nomen, pietasque, dixit,

« Victa furore!

« Unde? quò veni? Levis una mors est

Virginum culpæ. Vigilansne ploro « Turpe commissum? an vitiis carentem

« Ludit imago

« Vana, quæ portâ fugiens eburnâ « Somnium ducit? Meliùsne fluctus « Ire per longos fuit, an recentes

« Carpere flores?

« Si quis infamem mihi nunc juvencum « Dedat iratæ, lacerare ferro et Frangere enitar modò multùm amati

« Cornua monstri.

C

(C

« Impudens liqui patrios Penates:

Impudens Orcum moror! O Deorum « Si quis hæc audis, utinam inter errem

« Nuda leones!

« Antequam turpis macies decentes « Occupet malas, teneræque succus « Defluat prædæ, speciosa quæro

« Pascere tigres.

« Vilis Europe, pater urget absens
« Quid mori cessas? Potes hâc ab orno

« Nom sacré que j'ai perdu! « O mon père! ô mère tendre! « Quelle mort pourra me rendre « Ma patrie et ma vertu?

(C

« Mais veillé-je? ou bien un songe

Égare-t-il mes esprits? « Est-ce une erreur qui prolonge « Et ma honte et mes ennuis? « Serais-je encore innocente? « Ce songe qui me tourmente « Est-il sorti des enfers? « Ai-je pu fuir ma patrie, « Et les fleurs de la prairie, « Pour franchir les vastes mers?

Toi que ma main caressante De fleurs se plut à parer, « Monstre, à cette main sanglante « O qui pourra te livrer! « Quoi! j'ai quitté ma famille; « Et tu vis, coupable fille, « Loin des foyers paternels! « O Dieux, qui savez mon crime, « Dieux ! livrez votre victime « Aux tigres les plus cruels.

« Survivrai-je, malheureuse, « A mes funestes attraits ? « Cherchons une mort affreuse « Chez les monstres des forêts. « Indigne Europe, ton père « Te dit, d'une voix sévère: « Qu'attends-tu? finis tes jours! « Ta ceinture au moins te reste,

« Pendulum zonâ bene te secutâ

« Lædere collum.

« Sive te rupes et acuta leto
« Saxa delectant, age, te procellæ
« Crede veloci: nisi herile mavis

« Carpere pensum,

« Regius sanguis, dominæque tradi « Barbara pellex ». Aderat querenti Perfidùm ridens Venus, et remisso

Filius arcu.

Mox ubi lusit satis, « Abstineto » Dixit, « irarum calidæque rixæ, « Cùm tibi invisus laceranda reddet

« Cornua taurus.

« Uxor invicti Jovis esse nescis.

« Mitte singultus; bene ferre magnam « Disce fortunam : tua sectus orbis

« Nomina ducet. »

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« Mais non, pour venger ta honte, « Et ces rochers et les mers « T'offrent une mort plus prompte: « Choisis la mort, ou les fers: « Fille des rois, enchainée, « Aux vils fuseaux condamnée, « Va, jusqu'à ton dernier jour, « Servir un maître barbare, « Qui peut-être te prépare

L'outrage de son amour. »

(

Telles étaient les alarmes
De la fille d'Agenor;
Mais l'Amour trouvait des charmes
A les prolonger encor.
Près de la reine de Gnide,
Penché sur son arc perfide,
Il souriait à ses pleurs,
Et d'Europe abandonnée
La cruelle Dionée
Aimait à voir les douleurs.

« Belle Europe, lui dit-elle,
« Plus d'effroi, ni de courroux :
« Celui que ta haine appelle
« Viendra s'offrir à tes coups;
« Ce monstre est Jupiter même.
« Mérite l'honneur suprême
« De donner, comme Junon,
« Des lois au Dieu du tonnerre;
« Et la moitié de la terre
« Va s'honorer de ton nom. »

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