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ODE XXIV.

CONTRE LES AVARES.

QUAND

UAND tu posséderais les trésors de l'Asie,
Qu'ont encore épargnés les crimes des Romains;
Quand de vastes palais, élevés par tes mains,
Combleraient les deux mers qui ceignent l'Italie;
Si de son bras fatal la Déesse du Sort
Fixe ses clous d’airain sur ta tête proscrite,
Tu ne peux dissiper la terreur qui t'agite,
Ni dérober ta tête aux filets de la mort.

Plus heureux mille fois les Gètes et les Scythes,
Qui sur des chars légers font errer leurs maisons;
Qui vivent dans les champs, et cueillent les moissons
Que donnent à leurs vœux des terres sans limites!
Au terme d'une année ils bornent leurs travaux:
Après une moisson, celui qui la fit naître
Abandonne ses champs aux mains d'un autre maître,
Qui bientôt fera place à des maîtres nouveaux.

Là, jamais on ne vit une épouse nouvelle
Aux faibles orphelins montrer un caur jaloux,
Une femme opulente insulter son époux,
Et souffrir d'un amant la flamme criminelle :
La dot de la beauté n'est point un vil trésor;
C'est l'antique vertu, l'honneur héréditaire,
La foi, la chasteté, l'horreur de l'adultère:
Il faut vivre fidèle, ou recevoir la mort.

O quisquis volet impias Cædes, et rabiem tollere civicam,

Si quæret Pater urbium Subscribi statuis, indomitam audeat

Refrænare licentiam, Clarus postgenitis, quatenus, heu nefas!

Virtutem incolumem odimus,
Sublatam ex oculis quærimus invidi.

Quid tristes querimoniæ,
Si non supplicio culpa reciditur?

Quid leges sine moribus
Vanæ proficiunt, si neque fervidis

Pars inclusa caloribus
Mundi, nec Boreæ finitimum latus,

Duratæque solo nives
Mercatorem abigunt? horrida callidi

Vincunt æquora navitæ? Magnum pauperies opprobrium jubet

Quidvis et facere et pati, Virtutisque viam deserit arduæ.

Vel nos in Capitolium, Quò clamor vocat et turba faventium,

Vel nos in mare proximum Gemmas et lapides, aurum et inutile,

Summi materiem mali,
Mittamus. Scelerum si bene pænitet,

Eradenda cupidinis
Pravi sunt elementa, et teneræ nimis

Mentes asperioribus
Firmandæ studiis. Nescit equo rudis

Hærere ingenuus puer,
Venarique timet; ludere doctior,

Vous qui voulez nous voir au pied de vos statues
Reconnaître dans vous les pères des Romains,
Arrachez donc le glaive à nos bras inhumains,
Ramenez-nous ces mæurs que nous avons perdues:
Nos neveux vous rendront l'honneur qui vous est dû;
Nos neveux, car pour nous, envieux que nous sommes,
Tant qu'ils sont sur la terre ennemis des grands hommes,
Nous en sentons le prix quand ils ont disparu.

Mais que peuvent nos cris, s'il n'est point de supplice?
Que sont de vaines lois, lorsqu'il n'est plus de mours?
Quand les glaces du pôle et les apres chaleurs
Ne peuvent du marchand arrêter l'avarice?
Quand la mer est soumise à l'art du nautonier,
Et lorsque, bravant tout, et commandant le crime,
La honteuse indigence au mortel qu'elle opprime
Fait fuir de la vertu le stérile sentier?

Écoutons, ô Romains, la voix de la patrie:
Livrons aux flots, portons dans les temples des Dieux,
Ces trésors corrupteurs, ces biens pernicieux;
Auteur de tous nos maux, que notre or les expie.
Si nous sommes touchés d'un noble repentir,
Il faut déraciner notre infame avarice,
Et que nos lâches cæurs,

amollis

par Dans l'austère vertu soient prompts à s'affermir.

le vice,

Voyez-vous ce Romain nourri dans l'indolence?
Il fuit les jeux de Mars à la fleur de ses ans.
Jamais après un cerf il ne court dans les champs,
Et n'a su d'un coursier dompter l'impatience.
A de moins nobles jeux il borne ses exploits;
Mais il fait tous les jours rouler avec adresse
Ce cercle si léger inventé dans la Grèce,
Ou ce dé si fatal que defendent les lois.

1

Seu Græco jubeas trocho, Seu malis vetitâ legibus aleâ :

Dum perjura patris fides
Consortem socium fallit et hospitem,

Indignoque pecuniam
Heredi properat. Scilicet improba

Crescunt divitiæ, tamen
Curta nescio quid semper abest rei.

ODE XXV.

AD BACCHUM.

Quo me, Bacche, rapis tui Plenum ? quæ nemora,

aut quos agor

in specus, Velox mente nova ? Quibus Antris egregii Cæsaris audiar

Æternum meditans decus Stellis inserere, et concilio Jovis ?

Dicam insigne, recens, adhuc Indictum ore alio. Non secus in jugis

Exsomnis stupet Evias,
Hebrum prospiciens, et nive candidam

Le père d'un tel fils, enrichi par l'usure,
Et par l'avidité dans le crime affermi,
A trahi son parent, son hôte, son ami,
Et n'atteste les Dieux que pour être parjure.
Chaque aurore le voit, par

de

nouveaux forfaits, De cet indigne fils augmenter la richesse; Mais, bien que ses trésors s'accumulent sans cesse, Au terme de ses vœux ils n'atteindront jamais.

ODE XXV.

A BACCHUS.

Ou m'entraînes-tu, Dieu terrible?
Rempli de ta divinité,
Sur quel rocher inaccessible
Par toi me verrai-je porté?
Quel antre, quel bois, va redire
Le nom du maître de l'empire,
Qui s'assied au conseil des Dieux?
Mes chants étonnent le Parnasse,
Mes chants lui marquent une place
Parmi les astres radieux.

Dans mon poétique délire,
Affranchi des communes lois,
J'aime la sombre horreur qu'inspire
Le vaste silence des bois :
Telle la Thyade éperdue,
Sur la roche qui fend la nue,
Parcourt d'un ceil épouvanté
Les neiges qui couvrent la Thrace,

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