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« La fortune est pour nous moins cruelle qu'un père: « Suivons-la, compagnons, ne désespérons pas : « Phébus nous a promis une terre étrangère; « Teucer en est garant, Teucer conduit vos pas.

« Nous verrons s'élever une autre Salamine.
« Cours éprouvés déja par de plus grands revers,

Noyez dans le nectar le chagrin qui vous mine: « Demain il sera temps de sillonner les mers. »

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ODE VIII.

A CLYCÈRE.

Au nom de tous les Dieux, pourquoi, jeune Clycère,
Veux-tu de ton amant la honte et le malheur?
Pourquoi, loin de braver une noble poussière,
Fuit-il le champ de Mars ouvert à sa valeur?

Nous ne le voyons plus, parmi ceux de son âge,
Maîtriser

par

le frein l'indocile coursier. Que n'ose-t-il du Tibre affronter le rivage, Ou se montrer aux yeux dans l'appareil guerrier?

Il semble redouter, comme un poison funeste,
L'huile de nos lutteurs. Pourquoi ses bras nerveux
Ne sont-ils plus brunis par le disque ou le ceste,
Lui dont le javelot a vaincu dans nos jeux?

Il se cache; et pourquoi? Pour imiter Achille,
Qui, trompant les destins sous de honteux habits,
D'une mère craintive esclave trop docile,
Semblait fuir les lauriers à ses armes promise

ODE IX.

AD THALIAR CHUM.

Vides ut altâ stet nive candidum
Soracte, nec jam sustineant onus
Silvæ laborantes, geluque

Flumina constiterint acuto.

Dissolve frigus, ligna super foco
Largè reponens; atque benigniùs
Deprome quadrimum Sabinâ,

O Thaliarche, merum diota.
Permitte Divis cætera: qui simul
Stravere ventos æquore

fervido Depræliantes, nec cupressi,

Nec veteres agitantur orni.
Quid sit futurum cras, fuge quærere; et
Quem fors dierum cumque dabit, lucro
Appone: nec dulces amores

Sperne puer, neque tu choreas,
Donec virenti canities abest
Morosa. Nunc et campus, et areæ,
Lenesque sub noctem susurri

Compositâ repetantur horâ:
Nunc et latentis proditor intimo
Gratus puellæ risus ab angulo,

ODE IX.

A THALIARQUE.

Vous l’Apennin charge de la neige brillante
Qu'ont sur ses vastes flancs soufflé les aquilons;
Vois les arbres pliant sous le poids des glaçons,
Et du Tibre captif la surface glissante.

Près du chêne enflammé, défiant les hivers,
Brave dans ton foyer la saison rigoureuse,
Verse ton vieux nectar d'une main généreuse,
Et laisse aux Dieux le soin de régir l'univers.

Ces tyrans orageux, qui des humides plaines
Par leurs bruyans combats osent troubler la paix,
Cesseront d'agiter le vaste front des chènes
Et le sommet aigu des antiques cyprès.

Évite de porter des regards indiscrets
Sur l'avenir douteux que le sort te prépare;
Les instans que te laisse un destin trop avare,
Apprends à les compter comme autant de bienfaits.

Thaliarque, préviens la vieillesse livide:
Aime le champ de Mars, les danses, et l'amour;
Ces rendez-vous sur-tout où la bouche timide
S'exprime à demi-voix, vers le déclin du jour.

C'est maintenant qu'il faut, dans un coin, en silence, Poursuivre la beauté que décèlent ses ris;

Pignusque dereptum lacertis,

Aut digito malè pertinaci.

ODE X.

AD MERCURIUM.

Mercuri, facunde nepos Atlantis, Qui feros cultus hominum recentum Voce formasti catus, et decoræ

More palæstræ!

Te canam, magni Jovis et Deorum Nuntium, curvæque lyræ parentem, Callidum, quidquid placuit, jocoso

Condere furto.

Te, boves olim nisi reddidisses
Per dolum amotas, puerum minaci
Voce dum terret, viduus pharetra

Risit Apollo.
Quin et Atridas, duce te, superbos,
Ilio dives Priamus relicto,
Thessalosque ignes et iniqua Troja

Castra fefellit.

Tu pias lætis animas reponis
Sedibus, virgâque levem coerces
Aureâ turbam, superis Deorum

Gratus et imis.

Ravir un tendre gage à la jeune Doris, ,
Et vaincre de sa main la molle résistance.

ODE X.

A MERCURE.

Nevet

Eveu d'Atlas, divin Mercure, , Quand les hommes sortaient des mains de la nature, Tu polis leur rudesse, et les rendis heureux

Par les beaux arts et l'éloquence. O père de la lyre, ô messager des Dieux, Qui sais du vieil Argus tromper la vigilance, Je t'adresse, en ce jour, et mes chants, et mes voeux.

Quand, devenu berger, le beau Dieu du Permesse
Te demandait ses bæufs dérobés en jouant,
Et croyait de ses traits effrayer un enfant,
Il se vit sans carquois, et rit de ton adresse.
C'est par toi que, chargé d'une immense richesse,
Priam, pour racheter les restes de son fils,

Au milieu des feux ennemis
Traversa le

camp

de la Grèce.

C'est toi qui, dans des lieux chéris
Amènes les pieuses ombres,

Que d'un sceptre d'or tu conduis,
Également aimé dans les demeures sombres

Et sous les célestes lambris.

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