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ODE XVIII.

IL S'APPLAUDIT DE LA MÉDIOCRITÉ DE SA FORTUNE,

ET BLAME L'AVIDITÉ DES RICHES.

Chez moi l'éclat de l'or, l'ivoire de l'Indus,

Ne parent point un lambris magnifique,
Et des marbres, taillés aux bornes de l'Afrique,
N'y portent point le faix des poutres de l'Hémus.

Possesseur inconnu d'un royal heritage,

Je n'habite point un palais,
Et les filles des rois ne me filent jamais
Cette laine que teint la pourpre de Carthage..

Une veine féconde, un luth harmonieux,

Voilà mes biens; le riche les envie : Content de posséder une maison chérie, Je ne sais point fatiguer de mes veux

Un ami puissant, ni les Dieux,

Chaque jour disparaît; l'astre des nuits, lui-même,
Décroit, et voit pâlir son disque radieux:
Et vous faites tailler des marbres précieux,

Vous qui touchez à votre heure suprême!
Vous faites élever un palais fastueux,
Oubliant le tombeau qui s'ouvre sous vos yeux!

Non content d'habiter le fortuné rivage
Où l'on voit sur les rocs blanchir les flots amers,
Vous pressez, vous comblez, vous resserrez, les mers.
Bien plus, d'un voisin pauvre usurpant l'héritage,

Limites clientium

Salis avarus; pellitur paternos

In sinu ferens Deos
Et uxor, et vir, sordidosque natos!

Nulla certior tamen
Rapacis Orci sede destinata

Aula divitem manet
Herum. Quid ultrà tendis? Æqua tellus

Pauperi recluditur
Regumque pueris; nec satelles Orci

Callidum Promethea
Revexit, auro captus. Hic superbum

Tantalum atque Tantali
Genus coercet: hic levare functum

Pauperem laboribus, Vocatus atque non vocatus,

audit.

ODE XIX.

IN BACCHUM.

Bacchum in remotis carmina rupibus Vidi docentem (credite, posteri), Nymphasque discentes , et aures

Capripedum Satyrorum acutas.

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Vous avez arraché les bornes de ses champs :
Au lieu de protéger les biens de vos cliens,

Votre avarice en a fait son partage,
Et l'épouse et l'époux, chassés, par votre rage,

De l'humble toit de leurs parens,
Emportent dans leurs bras leurs Dieux et leurs enfans.

Cependant, pour le riche, il n'est point d'autre asile
Que l'empire où Pluton soumet tout à ses lois.
Qu'espérez-vous ? la terre, équitable et facile,
Ouvre son sein au pauvre, ainsi qu'au fils des rois.

Le nocher de l'onde fatale
Par l'or de Prunéthée a-t-il été séduit?

Il retient l'orgueilleux Tantale,
Il retient tous ses fils dans l'éternelle nuit.

Qu'on l'appelle, ou bien qu'on l'évite,
Il ouvre également l'asile des enfers
A l'indigent, qui trouve au bord du noir Cocyte

La fin des maux qu'il a soufferts.

ODE XIX.

DITH YR AMB E.

Au milieu des Nymphes émues
J'ai vu, j'ai vu Bacchus chanter;
Le Faune, aux oreilles aiguës,
Sur les monts venait l'écouter,
Siècles futurs, je vous l'atteste.
Frappé d'une terreur céleste,

Evce! recenti mens trepidat metu,
Plenoque Bacchi pectore turbidùm
Lætatur! Evce!

parce,

Liber!
Parce, gravi metuende thyrso!

Fas pervicaces sit mihi Thyadas,
Vinique fontem, lactis et uberes
Cantare rivos, atque truncis

Lapsa cavis iterare mella.

Fas et beatæ conjugis additum
Stellis honorem, tectaque Penthei
Disjecta non leni ruinâ,

Thracis et exitium Lycurgi.

Tu flectis amnes,

tu mare barbarum: Tu separatis uvidus in jugis Nodo coerces viperino

Bistonidum sine fraude crines:

Tu, cùm parentis regna per arduum
Cohors Gigantum scanderet impia,

Rhæcum retorsisti leonis
Unguibus horribilique malâ;

Quamquam choreis aptior et jocis
Ludoque dictus, non sat idoneus
Pugnæ ferebaris : sed idem

Pacis eras mediusque belli.

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Mon cæur est encor plein de toi:
O Bacchus, sois-moi favorable!
O Dieu du thyrse redoutable,
Dieu tout-puissant, épargne-moi!

J'oserai peindre ces fontaines
D'où coule un vin délicieux,
Le miel que distillent les chênes,
Et tes Ménades, et leurs jeux.
Je veux, je veux de ton amante
Chanter la couronne éclatante
Qui brille au céleste lambris,
Lycurgue s'arrachant la vie,
Et, frappé d'une main chérie,
Penthée expiant ses mépris.

Sur les montagnes solitaires,
La Thyade voit son vainqueur
Tresser ses cheveux de vipères,
Dont tes mains calment la fureur.
Tu domptes même l'onde amère.
Quand Rhecus assiégeait ton père,
Sur son trône mal assuré,
Tu devins un lion terrible,
Et, soudain, d'un ongle invincible
L'affreux Rhæcus fut déchiré.

Point de limites à ta gloire,
Père des jeux et des bons vins,
Tu sais maitriser la victoire,
Aux champs de Mars, comme aux festins.
Si tu descends jusqu'au Tartare,
Le chien qui garde le Ténare,

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