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Des jours de mon ami frele dépositaire,
Conserve de mon caur la moitié la plus chère;

Rends-le-nous, tu le dois.
Il eut un cæur d’airain celui qui de l'orage
Affronta le premier l'impétueuse rage

Sur un fragile bois !

Il méprisa ces vents des plaines boréales,
Ce fougueux aquilon, ces étoiles fatales,

Terreur des matelots;
Les tyrans orageux de l'onde adriatique,
Et l'Eurus, et l'Autan, que la rive d'Afrique

Voit lutter sur ses flots.

Quelle mort eut-il craint, lui qui, d'un cil tranquille,
Vit des écueils briser cette mer indocile,

Et les monstres bondir?
C'est donc, c'est donc en vain que par des mers profondes
La prudence des Dieux a séparé les mondes?

L'homme ose les franchir.

L'homme des immortels méprise la défense.
Des enfans de Japet la coupable insolence

Ravit le feu des cieux :
Soudain fondit des maux la troupe dévorante,
Et la mort, qui jadis était tardive et lente,

Accourut avec eux.

Hercule du Ténare a forcé la barrière:
Se frayant une route aux humains étrangère,

Dédale a fendu l'air,

a

Coelum ipsum petimus stultitia; neque

Per nostrum patimur scelus
Iracunda Jovem ponere fulmina.

ODE IV.

AD SESTIUM.

Solvitur acris hiems grata vice veris et Favoni;

Trahuntque siccas machinæ carinas: Ac neque jam stabulis gaudet pecus, aut arator igni;

Nec prata canis albicant pruinis.

Jam Cytherea choros ducit Venus, imminente luna;

Junctæque Nymphis Gratiæ decentes Alterno terram quatiunt pede, dum graves Cyclopum

Vulcanus ardens urit officinas.

Nunc decet aut viridi nitidum caput impedire myrto,

Aut flore, terræ quem ferunt solutæ.
Nunc et in umbrosis Fauno decet immolare lucis,

Seu poscat agna, sive malit hædo.

Nous attaquons le ciel : il n'est rien que l'on n'ose; Et nous ne voulons pas que la foudre repose

Aux mains de Jupiter.

ODE IV.

A SESTIUS.

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L'HIVER s'est déridé; ceinte d'un vert feuillage,
Cybèle va sourire au zéphyr printanier;
Le câble, en se roulant sous l'effort du levier,
Rend aux flots le navire oisif sur le rivage;
La neige du matin ne vient plus défier
De nos prés rajeunis l'espérance fragile;
Le laboureur actif déserte son foyer,
Et le troupeau frileux, désormais plus agile,
A quitté pour les prés le chaume hospitalier:

La reine de Cythère
Conduit sa jeune cour
Dans un vallon qu'éclaire
La seur du Dieu du jour;
Et les Graces décentes,
De leur pied tour-à-tour

Foulent les fleurs naissantes;
Cependant que Vulcain dans ses ardens fourneaux
Du Cyclope difforme anime les travaux.
Nos têtes, maintenant de parfums arrosées,

Vont se parer de myrtes verts. Couronnons-nous des fleurs que les hivers A nos jardins flétris ont long-temps refusées: Et qu'on immole à Pan, sous l'ombre de l'ormeau, L'innocente brebis, ou le jeune chevreau.

Pallida mors æquo pulsat pede pauperum tabernas,

Regumque turres. O beate Sesti, Vitæ summa brevis spem nos vetat inchoare longam.

Jam te premet nox, fabulæque Manes

Et domus exilis Plutonia : quo simul mearis,

Nec regna vini sortiere talis; Nec tenerum Lycidam mirabere, quo calet juventus

Nunc omnis, et mox virgines tepebunt.

ODE V.

AD PYRRHAM.

Quis multa gracilis te puer in rosa
Perfusus liquidis urget odoribus

Grato, Pyrrha, sub antro?
Cui flavam religas comam,

Simplex munditiis ? Heu! quoties fidem
Mutatosque Deos flebit, et aspera

Nigris æquora ventis
Emirabitur insolens,

Qui nunc te fruitur credulus aurea;
Qui semper vacuam, semper amabilem

Sperat, nescius auræ
Fallacis! Miseri, quibus

La mort, la pâle mort, cette déesse altière,
Foule d'un pas égal le trône et la chaumière.
Fortuné Sestius, nous ne vivons qu'un jour;
L'espoir lointain n'est

que

chimère: Pluton déja t'appelle en son triste séjour.

Quand tu mettras le pied dans la barque fatale,

Adieu les festins et les jeux!
Adieu même les tendres feux

Que t'inspire ce beau Céphale,
Qui des jeunes Romains fixe à présent les yeux,
Et pour qui nos beautés feront bientôt des voeux!

ODE V.

A PYRRHA.

Quel est-il aujourd'hui, trompeuse trop charmante,
Le crédule Adonis à la tresse odorante,
Qui, sur un lit de fleurs, vous presse dans ses bras?
Pour qui relevez-vous cette boucle flottante?
Pour qui préparez-vous, en ornant tant d'appas,

Une négligence élégante?

Quel désespoir l'attend, quand, trahi par les Dieux, Abandonné de vous,

et battu

par l'orage,
Pour la première fois il verra le naufrage,
Lui qui, si jeune encore, et déjà trop heureux,
Pense vous voir toujours favorable à ses vœux,

Toujours tendre, et jamais volage!

Malheureux l'imprudent, par vos charmes déçu,
Qui jouit sans effroi d'un bonheur si rapide!

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