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ON SOUSCRIT A PARIS,

Me. BORIE, Avocat à Paris, seul Éditeur, rue du Monceau

St.-Gervais , No. 8, derrière l'Hôtel-de-Ville.
ARTHUS BERTRAND, Libraire, rue Hautefeuille, No. 23.
BARROIS l'aîné, Libraire, rue de Seine, No. 10, faubourg

St.-Germain.
DONDEY-DUPRÉ PÈRE et Fils, Imprimeurs de l'Ouvrage

et Libraires, rue St. Louis, No. 46, au Marais.
L. DEVILLY, Libraire à Metz.

GAUTIER Frères , Libraires à Besançon.
Et chez les principaux Libraires et Directeurs des postes de la

France et de l'Étranger.
Toutes les Lettres doivent être affranchies.

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Préface du Traducteu.

oliens.ependantemente des Eb Egy plavi

Les sciences et les arts naquirent chez les Indiens. Ce fut d'eux que les Phéniciens les reçurent : ceux-ci les transmirent aux Egyptiens, les Égyptiens aux Grecs, et, les Grecs aux Romains. Cependant la langue des arts et, des sciences ne fut jamais exclusivement ni celle des Indiens, ni celle des Phéniciens, ni celle des Egyptiens, ni celle des Grecs. La langue grecque s'établit en Egypte, lorsque Alexandre y rapporta les arts et les sciences qui en avaient disparu pour passer en Grèce ; mais ce fut parce que la langue grecque était alors plus florissante que la langue égyptienne. Le peuple vainqueur adopte celle du peuple vaincu toutes les fois qu'il en est autrement. Si nous voyons les peuples du Nord, quoique les moins subjugués par les Romains, adopter la langue la-, tine , nous voyons aussi les Tartares adopter celle des Chinois, et les Turcs celle des Grecs.

Oui, sans doute, les Romains se servirent long-tems de la langue grecque, et allaient l'apprendre à Athènes, pour s'instruire dans les sciences et les arts, comme les Grecs s'étaient, sans doute aussi, long-teins servis de la langue des Égyptiens , et les Egyptiens de celle des Phéniciens; mais les plus savans auteurs de l'antiquité, tels qu'Hippocrate et Aristote chez les Grecs, Celse et Vitruve chez les Latins, écrivirent dans leurs langues; et les. décemvirs écrivirent en latin les lois qu'ils avaient empruntées des Grecs , quoique la langue latine fût bien, loin d'être alors ce qu'elle fut depuis la ruine de Carthage et sous Trajan.

Nous aurions donc pu du moins les imiter, et traduire, en français les lois que les Romains nous avaient don

i*

II : nées en conquérant les Gaules, quoique la langue francaise fût loin de la perfection qu'elle a acquise depuis Henri IV. Si nous pûmes alors apprendre le droit romain en latin, parce que cette langue nous était aussi familière que la nôtre encore dans l'enfance; si l'on put aussi écrire les arrêts, les jugemens et tous les actes en latin; si enfin l'on put prêcher et plaider en latin, parce que le peuple même parlait alors latin, comme il le parle encore aujourd'hui dans quelques endroits de la Pologne, il n'en fut plus ainsi dès que les peuples grossiers qui ont détruit l'empire romain, eurent banni l'usage de la langue latine, et surtout depuis que la langue française se fût élevée sur ses ruines, pour devenir la langue de l'Europe.

On cessa, sous Louis XI, d'écrire les actes juridiques, les plaidoyers, les sermons et les ordonnances de police, en latin. François Ier., qui fut le restaurateur des lettres en France, fit rendre ses déclarations, les arrêts de son conseil, et les sentences de tous ses tribunaux, en français , et l'on ne traita plus que les sciences en latin. La langue française atteignit sa perfection sous Louis XIV, et les sciences elles-mêmes furent enseignées en français. On sentit qu'il fallait par conséquent mettre en français les ouvrages latins qui en contenaient les sources. On avait fait traduire les auteurs grecs en latin; on fit traduire les auteurs latins en français. L'Académie donna la traduction de ses premiers mémoires qui avaient été écrits en latin, et le président de Malesherbes fit traduire les livres de Pline et ceux des meilleurs auteurs allemands, sur la chimie. Le chancelier de l'Hôpital avait proposé, et le cardinal du Perron proposa après lui, des colléges pour enseigner toutes les sciences en français. On établit des chaires pour enseigner en cette langue la chirurgie, la pharmacie, la botanique, les mathématiques et le droit français... Pourquoi donc le droit romain, qui fut grec avant d'être romain, ne pouvait-il pas être enseigné en français, et le fut-il toujours en latin ? Pourquoi ne fut-il pas enseigné comme la science de Pline, l'art de Vitrave, la chirurgie, la pharmacie, la botanique, les mathématiques et le droit français ?

On a pensé que ce fut parce que les jurisconsultes francais voulaient tenir le droit romain caché au vulgaire, comme les anciens jurisconsultes romains avaient fait un

111 mystère des formnles d'actions que Gnæus-Flavius yola enfin à Appius-Centumanus. Mais c'eût été interdire la connaissance des lois à ceux qui devaient les observer. Et d'ailleurs, le droit romain n'était pas renfermé dans les cabinets des jurisconsultes français, comme le code de ses formules dans ceux de quelques pontifes patriciens. Il était dans les mains de tout le monde; on l'enseignait dans une langue qu'on enseignait publiquement. L'intérêt des jurisconsultes n'explique donc rien à cet égard, et ne pent être la raison pour laquelle on enseigua toujours le droit romain en latin. . On ne peut pas dire qu'il était impossible de le traduire en français. Ceux qui l'ont si bien interprété en latin, devaient nécessairement l'entendre assez pour le rendre dans leur langue. Cet immortel Pothier, qui fut à tous les jurisconsulte qui l'avaient précédé, ce qu'est l'architecte au tailleur de pierre; ce grand Pothier qui, pour tout dire en un mot, a créé la science du droit romain , en mettant à leur place les lois confusément amoncelées par Tribonien et ses collaborateurs, aurait incontestablement bien pu les traduire dans sa langue.

On ne pouvait pas dire que cette traduction était inutile, parce que ceux qui se livraient à l'étude du droit romain avaient appris le latin. S'il fallait bien étudier le latin avant d'étudier le droit romain, c'était parce qu'on ne pouvait étudier le droit romain qu'en latin. Si l'on était censé savoir le latin quand on se livrait à l'étude du droit romain, c'est qu'avant de penser à devenir magistrat ou jurisconsulte , il fallait avoir consacré à l'étude d'une langue morte et de tous les changemens qu'elle a éprouvés depuis les lois des douze Tables jusqu'à sa mort, un tems qui n'en laissait presque plus pour l'étude dez droit romain, sans leqnel on ne peut être ni jurisconsulte ni magistrat dans aucun pays du monde ; et c'est sans doute pourquoi presque personne ne savait réellement le droit romain.

On a dit aussi que ceux qui n'ont point appris le Tatin, ne comprendraient rien à une traduction des lois romaines; mais c'était dire une absurdité. Il est absurde de dire qu'il faut avoir appris le latin pour entendre le français: autant vaudrait dire que pour comprendre une phrase française, il faut absolument savoir toutes les langues vi

A

vantes et mortes; car il n'y a pas de raisons pour qu'un
Français entende moins une phrase française sans sayoir
le latin, que sans savoir l'hébreu, le grec, l'espagnol etable

l'allemand. Au reste ce n'est pas précisément pour ceux 'qui ne savent pas un mot de latin, que j'ai entrepris ma

traduction, mais pour le grand nombre des personnes - auxquelles celte langue n'est pas familière, et aussi pour l'intelligence de quelques passages du texte.

On observe, il est vrai, que tous ceux qui ont appris le droit romain en latin, aiment mieux le lire en latin qu'en français; mais on observe aussi que tout ceux qui savent ou croyent savoir plus ou moins une langue morte quelconque, estiment toujours beaucoup plus un discours prononcé dans cette langue, que dans une langue vivante. Également ceux qui savaient un peu de grec à Rome n'estimaient que ceux qui parlaient grec. Nemo enim unquam est oratorem , quod latinè loqueretur, admiratus. Cicero de orat. Mais tout ce que cela prouve, c'est que les Français, comme faisaient les Romains, admirent ce qui coîte à acquérir , ce qui est ancien ou nouveau, et surtout ce qui donne un air scientifique; ou peut-être qu'ils estiment un discours d'autant plus qu'il le comprennent moins, et le dédaignent parce qu'ils l'entendent, et que l'orateur parle une langue qu'ils savent sans l'avoir apprise..

Quoiqu'il en soit, cela ne prouvera jamais que le jurisconsulte français le plus entiché du latin, et qui le sait le mieux, n'entend pas encore mieux le français que le latin, quoiqu'il ait long-tems étudié le latin, et qu'il n'ait peut-être jamais songé à apprendre le français. En yain dirait-il que la langue latine est encore plus belle que la langue français ; ce serait répéter ce qu'on a dit souvent sans pouvoir le prouver. Il est d'ailleurs impossible de bien savoir l'une et l'autre de ces langues, sans convenir que la langue française n’a ni moins de force ni de majesté que la langue latine, et que si elle est moins concise, elle est peut-être plus harmonieuse. Ce qui doit en convaincre ceux qui pourraient en douter encore, c'est que dans toute l'Europe la langue française est parlée par tous ceux qui ont reçur quelque éducation ; et quand il en serait autrement, il suffirait toujours de dire, que les Romains avaient traduit, enseignaient et apprenaient en latin toules les lois qu'ils avaient reçues des Grecs, qnoique la

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