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PLAIDOYER POUR P. QUINTIUS.

DISCOURS PREMIER.

INTRODUCTION.

que Névius avait acquis ce droit contre lui. Or, il préten.

dait que la saisie n'avait été ni légale, ni réelle , puisque Caius Quintius avait formé une société avec Sextus Né

Alphénus y avait mis opposition. Que fait le préteur? Il vius, ancien crieur public, pour l'exploitation d'un do ordonne que P. Quintius, s'il ne veut donner la caution, maine situé dans la Gaule. La sociélé existait depuis plu. | attaquera Névius en nullité de la saisie, ce qui changeait sieurs années, lorsque Caius mourut dans ce pays, et entièrement la position respective des deux parties. De laissa, par testament, son frère Publius Quintius héritier désendeur qu'il était, Publius devenait demandeur. Au de ses biens. Celui-ci se transporte sur les lieux, où il de lieu de cette question : Publius est-il débiteur de Nemeure près d'un an avec Névius, sans qu'il soit une seule vius ? le procès se réduisait à celle-ci : Les biens de Pu. fois question que la société ou la succession de Caïus blius ont-ils été légalement saisis pendant trente doive aucune somme à cet associé. Névius offre même jours ? Si elle était résolue affirmativement, il demeurait à Publius de l'aider de sa bourse pour quelques dettes prouvé que Publius avait fait défaut à un ajournement qu'il avait à Rome. Mais, au moment où celui-ci réclame

convenu avec son créancier, ce qui était infamant. C'était Peffet d'une promesse qu'il avait crue sincère, Névius d'ailleurs un acheminement à la vente de ses biens , et à déclare qu'il ne lui donnera pas un denier qu'ils n'aient

ce que nous appelons aujourd'hui expropriation forcée. réglé tous les comptes de la société. Quintius, interdit de

Or, cette spoliation légale privait un débiteur de certains ce manque de foi, fait vendre à perte du bien qu'il avait droits civils et politiques, et le mettait , quant à l'ignomi. dans la Gaule Narbonnaise, paye ses créanciers , et, libre nie, dans un état semblable à celui du banqueroutier de ce côté, invite de lui-même Névius à terminer à l'a. frauduleux judiciairement condamné. C'est ainsi qu'une miable loutes leurs discussions d'intérêt. Après plusieurs simple discussion pécuniaire était devenue en quelque sorte tentatives de conciliation, que fait échouer la cupidité de une affaire capitale. Au reste , quoique la condamnation Névius , l'affaire est portée en justice.

dat entrainer pour Publius une espèce de mort civile , ce Tout à coup Névius se désiste de toutes ses préten n'était pourtant pas un procés criminel, ou, pour parler tions, en déclarant qu'il s'est remboursé sur le produit comme les Romains, une cause publique. Le jugement ne d'une vente qu'il a faite dans la Gaule, et que la société fut donc pas rendu par des jurés, mais par un juge que le ne lui doit plus rien. Publius, qui croit l'affaire termi- préteur désigna , et qui, suivant l'usage , s'adjoignit trois née, part pour la Gaule , afin de visiter ses propriétés assesseurs. particulières. Instruit de son absence, Névius convo. La cause avait déjà été plaidée par un premier avocat , que une foule de témoins, se présente devant le préteur lorsque Cicéron, alors âgé de vingt-six ans, en fut chargé. Burrhiénus , prend défaut contre Publius , obtient l'envoi Outre les difficultés qu'elle présentait par elle-même, il en possession de ses biens , et les fait afficher. Alors Sex avait encore à lutter contre le crédit de son adversaire. tus Alphénus, ami commun des deux parties, enlève les Névius était un crieur public enrichi par ses intrigues. Ataffiches, se déclare fondé de pouvoir de Publius, et offre taché d'abord au parti de Marius, quand il l'avait vu près de comparaitre pour lui en justice. Pendant que cela se de succomber, il l'avait quitté pour courir sous les dra. passait à Rome, Névius envoyait en Gaule des agents , peaux de Sylla vainqueur. Tous les grands, tous les par. qui expolserent P. Quintius des propriétés coinmunes. tisans du dictateur le protégeaient ouvertement. Il avait

De retour à Rome , au bout d'environ six mois, celui-ci même pour lui les préteurs et presque tous les gens en place. se présente à un ajournement convenu entre son procu Hortensius, qui régnait encore sans partage au barreau, reur et son adversaire. Nouveaux délais au moyen des portait la parole en sa faveur. Le consulaire Philippe l'apquels Névius l'amuse dix-huit mois entiers par des propo puyait de sa présence et de ses conseils. Une foule de persitions d'accommodement, sans jamais fixer d'une manière sonnages distingués, qui tous s'intéressaient à sa cause, précise la somme qu'il réclamait. Au bout de ce temps, environnaient le tribunal. Le jeune orateur n'en fut point Névius se présente devant le préteur Dolabella , et demande intimidé. Il ne craignit pas de traiter comme le plus vil qu'il soit enjoint à Publius de fournir caution pour la des hommes ce Névius , qui apparemment était au-dessus somme à laquelle il sera condamné, attendu que ses biens de la honte. Il se plaignit même hautement de l'injustice sont restés sous la saisie pendant trente jours. C'étail des préteurs Burrhiénus et Dolabella; en sorte que son le terme après lequel un créancier avait le droit d'exiger plaidoyer est non-seulement un ouvrage de talent, mais cette garantie; et en donnant caution, Publius eût reconnu encore un acte de courage.

CICÉRON. – TOME U.

X

re

Ce discours, ainsi qu'on le voit au commencement de

quence,

semblent s'être aujourd'hui réunies l'exorde, n'est par le premier que Cicéron ait prononcé;

contre nous. L'une m'intimide, C. Aquillius, et mais c'est le premier qui ait été conservé.

Après l’exorde et la narration, l'orateur pose nettement l'autre m'épouvante. J'éprouve, en pensant à l'état de la question : Névius N'A POINT POSSÉDÉ LES BIENS | l’éloquence de Q. Hortensius, un trouble qui nuira DE QUINTIUS AUX TERMES DE L'ÉDIT DU PRÉTEUR. Il le prouve peut-être à ma défense; mais je redoute surtout en établissant trois propositions, dont le développement que le crédit de Sextus Névius ne soit funeste à compose sa confirmation : 1° IL N'ÉTAIT PAS FONDÉ A REQUÉRIR LA SAISIE, parce

Publius Quintius. Sans doute nous aurions moins qu'on ne lui devait rien, et qu'on n'a point fait dé à nous plaindre de ce que nos adversaires posfaut.

sèdent ces deux avantages à un si haut degré, si On ne lui devait rien; car, pendant plus d'un an de

nous-mêmes n'en étions pas entièrement privés. séjour dans la Gaule avec Publius, il ne lui a rien demandé

Mais il faut qu'avec trop peu d'expérience et un (XI et XII ).

On ne lui devait rien; car, aujourd'hui même, il talent médiocre, je lutte aujourd'hui contre le fuse d'entrer en compte, et il épuise toutes les formes de plus habile des orateurs, et que Publius sans approcédure, pour empêcher qu'on ne juge le fond du pro- pui, sans fortune, presque sans ami en état de cès (XIII et XIV).

On n'a point fait défaut; car, de l'aveu même de Né le secourir, combatte un adversaire tout-puissant vius, son adversaire n'était pas à Rome à l'époque où l'on par son crédit. Pour surcroît de malheur, M. Juveut qu'il ait consenti un ajournement. Et d'ailleurs, nius, qui a déjà plusieurs fois plaidé ce procès cut-it même fait défaut, ce n'était pas une raison pour le

devant vous, et qui joint à l'habitude du barreau traiter avec cette rigueur (XV - XVIII). 2° NÉVICS N'A PU SAISIR NI POSSÉDER AUX TERMES DE L'É

une connaissance approfondie de cette affaire, DIT; car, d'après l'édit, les seuls débiteurs dont on puisse est absent à cause du nouvel emploi dont il vient saisir les biens sont; celui qui se sera caché pour frustrer d'être chargé. C'est donc à moiqu'on s'est a dressé, son créancier; celui qui n'aura point d'héritier connu; ce

à moiqui, en me supposant tous les autres moyens lui qui aura quitté son domicile pour aller en exil ; l'absent qui n'aura pas été défendu en justice. Or rien de tout

de triompher, n'ai du moins eu que bien peu de cela n'est applicable à Publius.

temps pour étudier une cause si importante et 3o Entin , LA SAISIE, MÊME ILLÉGALE, N'A PAS ÉTÉ CON si compliquée. Ainsi la ressource même à laquelle SOMMÉE. Cette troisième partie de la confirmation est per j'ai recours dans d'autres occasions, me manque due; mais la fin de la récapitulation y supplée. Cette récapitulation, peut-être un peu détaillée, rappelle tous les

dans celle-ci. A défaut de génie, j'ai coutume arguments qui ont été développés dans le discours. Elle d'appeler le travail à mon aide; mais quel peut occupe en entier les chap. XXVIII et XXIX. Vient ensuile la être ce travail si l'on n'a pour s'y livrer le temps péroraison , où l'orateur s'attache à émouvoir la compas- | indispensable? Plus nos désavantages sont nomsion de son juge en faveur de Publius, et à rendre son adversaire odieux.

breux, plus nous vous prions, Aquillius , vous et Cette cause fut plaidée, au rapport d'Aulu-Gelle, XV, ceux qui forment votre conseil, de nous prêter 28, sous les consuls M. Tullius Decula , et Cn. Dolabella une oreille favorable, afin que la vérité, obscur(l'an de Rome 672 ), Cicéron étant dans sa vingt-sixième

cie par tant de nuages, retrouve enfin son éclat année. On conclut, des termes dans lesquels en parle Aulu-Gelle,que Cicéron la gagna.

dans les lumières de votre équité. Que si un juge N. B. Comme il est plusieurs fois question, dans ce dis tel que vous, ne protége point, contre le crédit et cours, de Caïus Quintius, pour éviter toute méprise, la puissance, l'homme faible et sans appui; si, nous nommerons toujours Publius, ou Publius Quintius

devant un tel conseil, cette cause est pesée au le client de Cicéron.

poids de la fortune et non à celui de la justice,

hélas ! il sera donc vrai qu'il n'est plus dans Rome I. Les deux puissances qui exercent dans un de vertus sans tache et sans reproche, et que le État l'empire le plus absolu, le crédit et l'élo- I faible n'a rien à espérer désormais de la sagesse

I. Quæ res in civitate duæ plurimum possunt, hæ contra est, qui, ut summa haberem cetera, temporis quidem nos amhæ faciunt in hoc tempore, summa gratia, et elo certe vix satis habui, ut rem tantam, tot controversiis quentia : quarum alteram, C. Aquilli, vereor, alteram me implicatam, possem cognoscere. Ita , quod mihi consuevit tuo. Eloquentia Q. Hortensii ne me in dicendo impediat, in ceteris causis esse adjumento, id quoque in hac causa nonnihil commoveor : gratia Sex. Nævii ne P. Quintio no deficit. Nam, quo minus ingenio possum, subsidio mihi ceat , id vero non mediocriter pertimesco. Neque hoc tan. diligentiam comparavi: quæ quanto sit, nisi tempus et spatopere querendum videretur, hæc summa in illis esse, si lium datum sit, intelligi non potest. Quæ quo plura sunt , in nobis essent saltem mediocria. Verum ita se res habet, C. Aquilli, eo te, et hos, qui tibi in consilio adsunt, meut ego, qui neque usu satis, et ingenio parum possum, liori mente nostra verba audire oportebit, ut multis incomcum patrono disertissimo comparer; P. Quintius, cui te. modis veritas debilitata tandem æquitate talium virorum nues opes, nulla facultates, exiguæ amicorum copiæ sunt, recreetur. Quod si tu judex nullo præsidio fuisse videbere, cum adversario gratiosissimo contendat. Illud quoque no contra vim et gratiam, solitudini atque inopia; si apud hoc bis accedit incommodum, quod M. Junius, qui hanc cau. consilium ex opibus, non ex veritate causa pendetur : prosam, Aquilli, aliquoties apud te egit, homo et in aliis cau. fecto nihil estjam sanctum atque sincerum in civitate: nihil, sis exercitatus , et in hac multum et sæpe versalus, hoc quod humilitatem cujusquam gravitas et virtus judicis tempore abest , nova legatione impeditus; et ad me ventum consolelur. Certe aut apud te, et eos, qui tibi adsunt,

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